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Février
2005
Chers
Amis,
Avec la dernière lettre, nous avons terminé notre regard
sur l’année liturgique. Mois après mois, notre contemplation
s’est réjouie des mystères du Christ. C’est
ainsi qu’opère la sagesse de l’Eglise à travers
le temps : permettre au Christ de poursuivre son Incarnation en chacun
de nous, jusqu’à ce que nous acquérrions pleinement
son Esprit et que nous finissions par penser, parler et agir comme Lui.
En effet, dit saint Paul : Vivre, c’est le Christ. Là se
trouve la lente mais extraordinaire mutation de notre existence, la formidable
grâce de sauter hors de cette vieille vie…
Nous ne savons pas d’emblée à quel point le mystère
de la présence du Christ en nous peut s’approfondir. Il n’y
a aucune limite à cette joie indescriptible, à laquelle
nous sommes promis et qui va jusqu’à notre totale divinisation.
Le Christ devient homme en nous pour que nous devenions dieu. Nous l’avons
déjà dit : c’est une histoire d’amour ! Mais
l’amour est toujours réciproque dans cette Alliance, puisqu’elle
est nuptiale, et il ne se passera jamais rien, nous serons les mêmes
demain qu’aujourd’hui, si nous ne prenons pas les moyens,
au jour le jour, pour une transformation effective.
Nous vous proposons donc de réfléchir concrètement
à ces moyens tout au long de nos prochaines lettres et de découvrir
comment notre foi n’est pas seulement une « sagesse »,
mais encore une « pratique ». Cela tombe bien pour commencer,
car le Carême est à notre porte, temps où la grâce
nous est offerte pour un retournement profond et un changement de vie,
si nous le voulons, radical.
Le premier de tous les moyens, sans lequel les autres n’ont aucune
efficacité, c’est évidemment la prière. Ce
n’est que dans la prière que le Christ peut nous atteindre
et que nous pouvons le rencontrer. Mais pour que cette rencontre soit
un feu nuptial, au-delà des mots que l’on récite,
ou de notre indifférence habituelle, il faut deux choses : d’une
part un travail sur soi, ce qu’on appelle l’ascèse,
pour se libérer de ses dépendances, de ses passions, et
d’autre part une certaine ardeur. L’un conditionne l’autre.
Tant que le corps vit dans les passions, il tient captif l’esprit
qui est alors incapable d’une ardeur quelconque.
Chacun connaît ses passions, ses préférences : où
penche constamment mon coeur ? c’est là qu’est mon
trésor …et non en Dieu ! (Mat 6,21). Le tout, c’est
de découvrir laquelle de ces passions me domine et de l’éradiquer
peu à peu. Il ne s’agit pas de supprimer une passion, mais
de réorienter son énergie vers Dieu. Alors mon esprit se
passionne pour Dieu seul, l’ardeur vive est possible et la prière
se met à jaillir. Les deux démarches ne sont pas chronologiques,
bien- sûr : l’ascèse accompagnera notre prière
tout au long de notre vie, on n’a jamais fini d’être
purifié ; mais à mesure que notre coeur est pur, il voit
Dieu (Mat 5,8), c'est-à-dire il s’enflamme pour Lui et la
prière devient de plus en plus fervente. Et plus elle est fervente,
plus elle gagne du terrain et moins elle s’arrêtera. Il y
a un saisissement du coeur qui fait que, sortant du temps départi
à la prière, celle-ci se prolonge longtemps et s’étend
souvent à toute la journée par un échange secret
sans paroles, un dialogue incessant de coeur à coeur avec le Christ.
Cela signifie que le temps se transforme, il se spiritualise ou, plutôt,
il devient transparent à l’éternité qui l’habite.
Cette perception est un signe de notre propre transformation. Nous nous
éveillons au Royaume des Cieux qui est au-dedans de nous (Luc 17,
21). Nous expérimentons notre dimension céleste, non conditionnée.
« L’Homme Nouveau » se développe, le processus
de notre conversion est en route. La prière est vraiment cet instrument
de forage du temps mortifère, dans lequel nous nous trouvons exilés,
vers l’éternité qui est notre profondeur retrouvée
en Christ, où la perspective que nous avons du monde et de la vie
n’ont plus rien de commun avec la vision païenne d’auparavant.
Le voile épais de la raison qui opacifie tout est déchiré
et Dieu brille en nos coeurs pour faire resplendir la connaissance de
la gloire de Dieu qui est sur la face du Christ » (2Co.4,6).
En
pratique, il est essentiel d’avoir un temps-fort, ou même
deux, dans la journée : le matin et le soir. Ce n’est pas
une question de quantité, mais d’intensité. On se
donne une structure et un contenu. Cela peut être par exemple :
un ou plusieurs Psaumes, une lecture d’Evangile, un temps de silence
et un « Notre Père ». Certains prennent simplement
l’office des Laudes le matin et celui des Vêpres le soir,
en y incluant si possible un passage de l’Evangile, une Epître
et un temps de silence.
Puis le deuxième pôle, qui est aussi important que ce temps-fort,
parce qu’il a prouvé dans toutes les Traditions sa prodigieuse
fécondité : le rappel. Cela consiste à reprendre
conscience de la présence de Dieu toutes les heures pendant quelques
secondes, sans même s’arrêter de travailler, soit en
silence, soit en disant au Christ une parole d’affection venant
du coeur ou une parole d’action de grâces : « Gloire
à Toi, Seigneur ! » - « Hallelou-Yah » - «
Mon âme, bénis le Seigneur et que tout ce qui est en moi
bénisse son saint Nom » (Ps 103)…Au bout de quelques
semaines de cette pratique assidue, on est surpris d’avoir des résultats
inattendus que l’on n’a pas autrement : les heures se rapprochent,
la journée s’illumine d’une Lumière étrange,
un changement fondamental s’opère au plus profond de notre
mentalité, de notre coeur et de notre comportement. La présence
du Christ devient palpable au sein d’une amitié stupéfiante,
son image s’imprime mystérieusement en notre être intérieur
(2 Cor 3,16). Nous entrons alors en partage avec la puissance de sa grâce
et de sa joie…
Puissions-nous, à Pâques, fêter la réalisation
de ces promesses !
Avec
toute notre affection, à bientôt !
Père
Alphonse et Rachel
Texte
d’un Père à méditer :
«
Conseils
pour la prière »
La
fréquence de nos entretiens avec le Christ dans la prière
fait que son image sublime s’imprime secrètement en nous
sans que nous nous en doutions. Et nous tous qui, le visage découvert,
contemplons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés
en cette même image, toujours plus glorieuse, comme il convient
à l’action du Seigneur qui est Esprit (2Co 3,16).
Ce
phénomène a son correspondant dans le monde matériel.
Quand on expose un corps inerte à l’action d’un corps
radioactif, il reçoit de sa radioactivité en proportion
du temps d’exposition. Combien plus serons-nous influencés,
nous qui nous approchons de la source de toute lumière qui ait
jamais existé dans le monde, et de toute énergie qui ait
jamais animé tant les corps célestes que les corps terrestres,
Jésus-Christ, Lumière du Père et Lumière
du monde !
Père Matta El Maskine,
Père spirituel actuel du Monastère saint Macaire (Egypte).
Prière que les Orthodoxes disent tous les jours pendant le Carême
Seigneur et Maître de ma vie
L’esprit
d’oisiveté, de découragement, de domination et de
parole facile, éloigne de moi !
Se prosterner
L’esprit
de pureté, d’humilité, de patience et de charité,
donne à Ton serviteur
Se prosterner
Oui Seigneur
et Roi,
donne-moi de voir mes fautes et de ne pas juger mon frère,
car Tu es béni dans les siècles des siècles.
Amen.
Se prosterner
Saint Ephrem
le Syrien (IV°siècle)
Sessions
en cours à Béthanie
Les
19 et 20 février : nous recommandons à nouveau le
message exceptionnel sur le thème de « l’émerveillement
» donné par Bertrand Vergely
. info
Les
26 et 27 février avec le Père
Francis Dekeyser sur « L’art d’être dans l’instant
». La vigilance est le nerf de toute vie spirituelle. C’est
un vrai combat, mais le corps nous en offre la victoire.info
Les
12 et 13 mars : retraite de Carême,
où l’on refait le point avec le Seigneur pour une autre vie
possible. info
Du
25 au 28 mars : thérapie des maladies
de l’âme; découvrir ces passions qui nous empêchent
de vivre pleinement et les remèdes pour en guérir.info
Les
25 et 26 mars : trouver sa voix; la
voix est le plus subtil moyen de découverte de soi, de transformation
personnelle et de communication avec les autres. Comment la dévoiler
? info
Informations
Pour
approfondir le thème de cette Lettre, en particulier le point concernant
l’ascèse, on pourra lire l’article du Père Alphonse
sur le « Jeûne » qui paraîtra dans « Le
Chemin » du mois de mars et aussi notre livre « La guérison
des maladies de l’âme » (Presse de la Renaissance).
Un
changement s’introduit dans notre projet de pèlerinage en
juillet prochain. Nous laissons Rome et proposons une retraite spirituelle
consacrée uniquement à saint François d’Assise.
Réflexion, prière et solitude autour des grands axes de
sa vie et des textes fondateurs, sur les lieux où il les a vécus.
Pour toute information et inscription, s’adresser dès maintenant
à Béthanie.
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