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Gorze,
Mars 2007
Chers
Amis,
Le Carême que nous vivons est une longue marche vers Pâques.
Il symbolise notre chemin qui est pour chacun un devenir de résurrection.
Et c’est pourquoi, il se termine par la fête où Lazare
ressuscite, la veille des Rameaux. Lisons et méditons ce texte
: Jean 11, c’est vraiment le thème majeur de l’Evangile.
En ouvrant cet Evangile, ne faisons pas de l’archéologie
avec un événement du passé définitivement
révolu ! L’événement m’insère
dans une tradition, certes, mais celle-ci n’a qu’un but :
me révéler qui je suis et où je vais, moi, aujourd’hui.
Alors rien ne m’est indifférent dans un texte, tout me concerne
au plus vif, et cela jusqu’à son cadre.
Ici, « Béthanie » c’est la maison de l’homme
Lazare, maison qui est en quelque sorte le symbole de tout l’univers,
habitat de l’homme, ma demeure. Lazare, l’ami de Jésus,
personnifie chacun de nous et toute l’humanité. Celui que
Jésus aimait, c’est moi ! Il n’existe pas d’homme
qui ne soit unique, il n’en existe aucun dont on puisse dire que
Jésus ne l’aimait pas. Le Christ qui est la vie intérieure,
Dieu en nous, aime chacun comme s’il était seul au monde.
Si Lazare c’est moi, alors Marthe et Marie sont aussi mes sœurs,
elles sont en moi mes deux sœurs : la sœur active, Marthe, celle
du travail, des affaires, des mille préoccupations… la dimension
qui construit le monde à sa guise, elle produit la culture, les
arts, la civilisation, organise la cité ; puis il y a la sœur
qui prend du recul, qui médite et contemple, qui ne se reçoit
pas d’elle-même, mais de Dieu seul, elle ne fait jamais rien
à sa guise… c’est la dimension de l’essentiel,
de l’enracinement, de l’ancrage, hors de quoi il n’y
a qu’agitation. Le Christ dira de Marie qu’elle a choisit
la meilleure part et de Marthe qu’elle s’agite beaucoup, alors
qu’une seule chose est nécessaire, une seule chose : tout
est une question de direction.
Or c’est justement le manque de direction qui a fait tomber l’homme
dans le multiple, c’est-à-dire dans l’atomisation et
la décomposition, en d’autres mots : la maladie. Dieu seul
a la Vie, Lui seul est la source de notre vie, boire à d’autres
sources, c’est s’abreuver à la mort. Là est
le résultat du péché, la rupture avec Dieu. Lazare
n’était peut-être pas voleur ou assassin, mais il vivait
comme tout homme de la vie du péché, à savoir de
la satisfaction de ses désirs physiques ou psychiques. Il avait
de multiples sources pour vivre.
Sur ce plan, le voleur, le menteur, l’assassin ou le criminel ne
diffère en rien de l’honnête homme qui n’a rien
à se reprocher et se suffit à lui-même. Si les deux
vivent sans Dieu, ils sont tous deux en état de péché,
à pied d’égalité face à Dieu, quelque
soit la beauté morale de l’honnête homme.
Le péché, c’est ce qui est identique à la maladie
et à la mort. Or que fait Jésus ? Il va vers Lazare, dit
le texte, Il va donc vers la mort, celle de l’homme et celle de
Dieu, puisque, pour se rendre en Judée, Il risque sa propre vie,
comme l’Evangile le laisse entendre clairement. Quelques jours après
d’ailleurs, Il meurt sur la croix. Ici, le Christ nous révèle
à la fois l’essentiel de son message et la méthode
pour le réaliser : Il renverse la situation radicalement ; Lui,
la Vie par excellence qui ne devait pas mourir, entre librement dans la
mort. Désormais tout homme qui prend cette direction, c’est-à-dire
qui, au lieu de subir la maladie et la mort à cause du péché,
choisit librement de les accepter, de les vivre pleinement, y trouvera
non la puanteur et la décomposition, mais la vie, le Christ Lui-même,
la gloire de Dieu. Cette mort est pour la gloire de Dieu, dit Jésus
dans le texte. Depuis le Christ, mourir, mais déjà ici et
maintenant puisqu’il s’agit d’une direction, donc accepter
librement la mort, vivre avec elle et entrer dans sa familiarité,
c’est expérimenter la gloire de Dieu ! Si cela est vrai,
alors « rendre gloire à Dieu », Lui rendre grâce
et Le louer face à la mort, n’est-ce pas la méthode
que nous révèle le Christ pour ne jamais mourir, mais au
contraire vivre toujours plus pleinement ? C’est pourquoi devant
le tombeau de Lazare, au lieu de se lamenter, comme tous les autres, Jésus
rend grâce !
Quand Thomas voit la direction que prend Jésus, il emboîte
le pas et entraîne avec lui tous les autres disciples, en disant
: Allons nous aussi et mourons avec Lui ! Phrase fantastique qui contient
toujours à la fois le message et la méthode : allons et
mourons, c’est la direction, mais avec Lui. Etre avec Lui, alors
que risquons nous ? Nous sommes là devant l’attitude fondamentale
du disciple, la quintessence du Chemin : pour moi, vivre, c’est
le Christ, et mourir m’est un gain (Ph 1,21).
Aux disciples qui cherchent sans le savoir à faire le jeu de l’Adversaire
de la vie en s’opposant à la décision du Christ, celui-ci
répond par des paroles mystérieuses : N’y a-t-il pas
12 heures dans le jour ? Le « jour » c’est le Christ,
ce « grand Jour » annoncé par les Prophètes
et « 12 » caractérise la plénitude, l’accomplissement.
Celui qui marche dans le Christ s’accomplit en plénitude.
En vivant pleinement le temps, l’instant, celui-ci dévoile
sa substance d’éternité qui, elle, nous ouvre à
la conscience solaire du Christ. Nous vivons déjà alors
dans la lumière de la résurrection.
C’est vraiment dans cette réalité-là que culmine
l’Evangile. Quand Marthe répliquera à Jésus
: Je sais que mon frère ressuscitera à la résurrection,
au dernier jour, projetant l’événement dans un futur
inconnu et qui ne la concerne plus, Jésus la ramène avec
violence au présent Je suis la résurrection. Quiconque vit
et croit en moi ne mourra jamais ! Ce présent absolu est celui
de Dieu, qui n’a ni passé ni avenir, Il est purement et simplement,
Il EST la Vie, adhérer à Lui c’est ne pas mourir.
C’est ce nom de Dieu que Moïse a reçu au Buisson Ardent
: Je Suis Celui qui est et Jésus en manifeste son visage dans l’histoire
des hommes : Si vous ne croyez pas que JE SUIS, vous périrez tous
! (Jn 8,24). Voilà pourquoi Il pose la question à Marthe
: Le crois-tu ? Car tout est là : adhérer de tout son être,
devenir un avec Lui, laisser vivre et agir comme par osmose sa résurrection
en nous. C’est cela le propre de la confiance, qui veut dire «
se fier à » avec la racine « fiance-fiancer »
: il s’agit donc d’une relation nuptiale, qui a la joie et
l’allégresse comme contenu.
Saint
Augustin (5°s) a prononcé cette phrase prodigieuse : En adhérant
à Toi de tout moi-même, ma vie vivra d’être pleine
de Toi. Toute la sagesse du christianisme est là !! Nous n’avons
qu’un seul effort à faire : Je suis la résurrection
et la vie. Adhères-tu à cela ? Est-ce vraiment là
ta vie à toi, ce qui te fait vivre, ta lumière, ta joie,
le sens même de ton existence ?
Devant le tombeau donc, Jésus dit : Enlevez la dalle, la pierre.
Quelle est cette dalle ? C’est la pierre tombale, celle qui justement
nous sépare de Dieu. A chacun de voir quelle est la pierre qui
recouvre son cœur qui est le trône de Dieu ; c’est du
cœur que vient toute vie. C’est la pierre qui fait pencher
mon cœur vers ceci ou cela, vers mes préférences, or
là où est ton cœur, là est ton trésor
: il se trouve donc que mon trésor ce n’est pas Dieu…
Je communie à ce qui ne peut pas être source de vie, à
la mort. Malgré les approches de Dieu, l’homme psychique
résiste à la grâce divine. C’est Marthe, et
non Marie, qui émet des doutes et ne croit pas à l’impossible.
Jésus redit alors : Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. Tout
l’Evangile, finalement toute la révélation biblique
et la création toute entière converge vers ce point : la
gloire de Dieu. Elle est le terme de tout, le seul but de ce qui est grand
et de ce qui est nul, de ce qui est beau et de ce qui est répugnant,
comme la puanteur du cadavre de Lazare. Il sent déjà, dit
Marthe. Mais qui ne sent pas ??
On enlève donc la pierre, et devant la mort, devant le souffle
d’horreur qui passe à ce moment là sur la foule, Jésus
rend grâce. C’est sans doute pour eux tous qui se lamentent,
comme pour nous d’ailleurs, le comble de la stupéfaction.
Qui a jamais osé dire « merci » à Dieu pour
la mort ? Rien n’est plus absurde ! Jésus renverse ici nos
systèmes de valeurs et nos principes pour nous apprendre les mœurs
de Dieu. La gratitude est un acte créateur : il n’y a pas
pour l’homme de plus grand lâcher-prise que de rendre grâce
indifféremment pour tout, comme dit la liturgie : « en tous
temps et en tous lieux » ; cela permet à Dieu d’être
Dieu et d’agir librement. Le premier obstacle à l’action
divine c’est moi, avec mes a priori.
Mais
quand je permets à Dieu d’agir, c’est toujours divin
et extraordinaire, même dans la pire des situations. C’est
ce que le Christ nous montre et nous démontre : en rendant grâce
devant la mort, Il a la certitude absolue d’être exaucé.
Il s’agit d’une nouvelle manière d’être
que le Christ nous transmet ! Si je considère que « Tout
est grâce », alors la seule attitude juste, c’est de
rendre grâce. Le fait d’accepter avec reconnaissance chaque
petit incident qui survient comme venant des mains de Dieu, libère
la puissance divine. L’action de grâce doit être fondée
sur notre foi, notre confiance en la Parole de Dieu et non sur nos sentiments
ou notre raisonnement.
En tout cas, voilà ce que Jésus met sous nos yeux : IL rend
grâce et le mort ressuscite ! Lazare sort du tombeau, on peut maintenant
lui enlever les bandelettes et le délier. La reconnaissance pour
tout ce qui arrive, l’action de grâces ou la joie face à
tout, dans la certitude que Dieu agit, qu’au sein du pire Il est
à l’œuvre pour me tirer de là, me libérer,
fait naître l’homme à lui-même. D’abord
plus rien ne peut atteindre cet homme, il n’est plus dépendant
des circonstances, enchaîné par les bandelettes des événements,
et puis cette liberté intérieure est le grand signe que
sa personne s’éveille en lui, ce qui est totalement unique
en lui, son mystère où il se reçoit de Dieu comme
le ruisseau d’une source. Alors on peut dire que, pour lui, le cercle
de la mortalité est définitivement brisé ; cet homme
est passé à la vie de Dieu, c’est-à-dire il
vit éternellement et divinement. Sa mort elle-même n’est
que passage, Pâque, et dans sa vie l’échec, la difficulté,
l’épreuve ne ressemblent plus à un tombeau, mais,
comme nous chantons aux liturgies pascales, elles sont une chambre nuptiale
où nous célébrons dans l’action de grâce
les « Noces de l’Agneau ». Il n’y a plus un moment,
dans cette vie-là, qui ne soit la manifestation de la gloire de
Dieu…
Puisse ce Carême nous y conduire de plus en plus !
Père
Alphonse et Rachel
Questions
à méditer :
«
Il sent déjà », dit Marthe : toute pensée
négative est enveloppée de puanteur, donc nous infecte
et infecte les autres. Est-ce que j’ai le désir de répandre
autour de moi le parfum du Christ, c’est-à-dire une atmosphère
d’amour, de joie, de paix ?
«
Enlevez la pierre », dit Jésus : qu’est-ce
qui fait de ma vie un tombeau ? Pourquoi mon coeur est-il fermé
? Quelle est la pierre qui le tire vers le bas ? Où penche-t-il
constamment, où sont ses préférences ? Qu’est-ce
qui me sépare de Dieu ? Qu’est-ce qui ouvre mon coeur,
puis-je retrouver cela?
«
Le mort sortit, pieds et mains liés de bandelettes » :
pourquoi suis-je plutôt mort que vivant ? Quelles sont les bandelettes
qui me lient : mes chaînes intérieures et extérieures,
mes dépendances (nourriture – boisson – événements-
situations – argent – conjoint –autres personnes -
préoccupations – peurs – colères – jalousie
– refus de pardon – échecs – limites personnelles
…etc.)
Prière de Carême
Voici
le temps, Seigneur Dieu, où Tu donnes ton souffle à ce monde,
où Tu allumes un feu d’amour en chaque homme, en moi-même.
Voici le jour où nous sommes convoqués pour être ton
amour,
le vivre pleinement.
Nous Te remercions avec les paroles que Tu as Toi-même semées
en nous,
nous T’admirons par la force de l’Esprit Saint
et pleins de joie, nous T’appelons notre Père.
(H.
Oosterhuis)
Sessions
en cours à Béthanie
Du
17 au 19 mars : « La guérison
des maladies de l’âme ». Découvrir et
maîtriser ses fausses dépendances pour s’ouvrir à
la plénitude du Vivant.
info
Du
24 au 25 mars : Rencontre avec Jean-Marie
Pelt, écologiste, et Jean-Louis Garillon, naturopathe, autour du
thème de la santé.
info
Du
4 au 8 avril. « Semaine Sainte et Nuit
Pascale » Vivre ensemble le sommet de l’Année
Liturgique en mettant nos pas dans ceux du Christ.
info
Du
7 au 8 mai : « Une thérapie
divine : le pardon » Une guérison à partir
des racines de notre être.
info
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