![]() |
||||
| Lettre
N°37 |
||||
|
||||
| Gorze,
Mai 2007 Oui, mais… le triste spectacle de l’humanité après quelques millénaires d’histoire ne justifie-t-il pas quelque scepticisme, quelque doute à l’égard du pouvoir politique ?? Oui, si l’on croit qu’il n’y a jamais « rien de nouveau sous le soleil » et que les chrétiens, entre autres, continueront indéfiniment à prendre leur foi pour un « en-soi » pieux et intemporel. Non, si l’on croit à la nouveauté radicale d’une histoire porteuse d’un sens. Il s’agit là d’un véritable appel aux chrétiens, de leur vocation propre. Car pour eux l’histoire a un sens, elle va vers un Royaume où toute justice, toute paix, tout amour seront réalisés en plénitude. Bien sûr, nous n’en aurons jamais fini d’émerger ici-bas du péché et de toutes les médiocrités que nous connaissons, mais toujours nous sommes appelés à reconstruire l’homme, à faire naître ce visage qui doit être à la ressemblance de Dieu. Et la politique est l’un des principaux chantiers de cette reconstruction, où l’homme se fait et se défait.
La singularité du Christianisme, sa spécificité,
c’est son caractère historique. Ce qui signifie avant tout
que Dieu entre réellement dans la vie des hommes, dans leurs conditions
matérielles, temporelles et sociales.
Nous savons en tout cas que Dieu ne saurait être le Tout-Extérieur,
au-delà du cercle des choses visibles, victime d’une mesure
de ségrégation. Le Dieu de la Bible n’est ni «
ailleurs », ni « au-delà », dans un autre monde
où il faudrait émigrer pour le trouver, mais en plein cœur
de l’humain, comme sa raison d’être, dans la dimension
la plus existentielle de sa vie, ce qui fait qu’un homme soit un
homme et sans quoi il cesse de l’être, donc dans toute l’épaisseur
du tissu vital : relations, santé, travail, loisirs, famille…etc
dont rien n’échappe au politique. Le monde humain, notre réalité concrète et quotidienne est donc bien le lieu d’envahissement du salut, là où s’opère à la fois et inséparablement la rencontre de Dieu et notre libération. L’avenir de Dieu n’est pas en haut, au sommet de la société humaine ou un dépassement des aspirations de l’homme. L’avenir de Dieu est un bouleversement radical de toutes les valeurs, il vient mettre tout en haut ce qui est au plus bas : le Royaume est là pour les pauvres, pour les affligés, pour les affamés de justice, où les premiers seront les derniers et les derniers les premiers, pour ceux qui ne sont jamais installés, qui ne se croient pas arrivés – quelque soit l’agrément du lieu où ils séjournent, pour ceux qui ne se contentent jamais définitivement de quoi que ce soit de peur que le veau d’or remplacerait « ce que l’œil n’a pas encore vu et que notre intelligence ne saurait concevoir », pour ceux enfin qui considèrent que tout, absolument tout n’est qu’une étape provisoire, et que vivre consiste précisément à aimer avec assez de passion (dans les deux sens du mot) pour ne se laisser retenir par rien et se livrer totalement, mais activement, à cette force recréatrice du Christ en nous. Il n’y a pas deux histoires juxtaposées : une histoire sainte qui s’achèverait avec la dernière page de la Bible et une histoire profane. Non, il n’y en a qu’une et elle est sainte du début à la fin, parce qu’elle est l’histoire de notre salut, c'est-à-dire de notre libération, ou, si vous préférez, le lieu de rendez-vous de l’homme avec Dieu à travers et par toutes les contingences du combat politique. Le christianisme n’est pas simplement une « religion » (au sens des autres…), mais le mouvement historique de libération de l’homme promu par Dieu.
Si la déstructuration actuelle nous mène vite à cette
perspective de la foi , nous retrouverons la situation pré-constantinienne,
celle de la primitive Eglise, où devenir chrétien était
dangereux à la fois pour le pouvoir en place et le baptisé
toujours candidat au martyr. Car pour une foi vraiment incarnée,
la première tâche sera de s’enraciner totalement dans
les situations humaines, donc politiques, et d’assumer les angoisses
et les espoirs de l’homme, en refusant tout ce qui pourrait ressembler
à une évasion. Et cela pour ouvrir aux hommes les possibilités
d’une libération plénière et leur offrir les
richesses d’un salut intégral dans le Christ.
Que l’Esprit de Pentecôte, auquel nous aspirons tous si fort,
nous inonde de cette grâce ! Père Alphonse et Rachel Texte à méditer : On
ne peut opposer foi et politique. Le salut chrétien inclut la
politique et va au-delà. La libération de l’oppression
et de toutes les formes de tyrannie est un signe précurseur de
la venue du Royaume. S’il n’y a pas de liberté pour
le misérable qui meurt de faim ou pour le prisonnier politique,
c’est le signe que notre action religieuse ment à l’Esprit.
« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a
consacré par l’onction pour apporter la bonne nouvelle
aux pauvres et annoncer aux captifs la délivrance, rendre la
vue aux aveugles et donner la liberté aux opprimés…
» (Luc 4, 18-19). Telle est la grande épiclèse sur
le monde qui fut prononcée par Jésus dans la synagogue
de Nazareth. L’aventure théologique est authentique si
elle attire l’homme tout à la fois dans les profondeurs
de l’abîme trinitaire et au coeur des masses humaines.
Pierre
Emmanuel (XX°siècle) de l’Académie Française Sessions
en cours à Béthanie
|
||||
| Pour recevoir la lettre de Béthanie gratuitement chaque mois par internet, inscrivez-vous en vous connectant à l’adresse http://www.centre-bethanie.org/liste_diffusion.htm et enregistrez votre adresse e-mail. |
||||