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| Lettre
N°41 |
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| Gorze,
Octobre 2007 Cependant cela n’arrive pas tout seul. C’est pourquoi la vie nous est donnée comme un Chemin initiatique, sur lequel on avance et progresse de jour en jour, d’étape en étape vers cette réalisation… à condition que l’on s’exerce. Sans exercice incessant rien ne se passe, aucune transformation n’est à attendre ! Pourquoi le Messie ne vient-Il pas ? demandait un juif à son rabbin. Et celui-ci de répondre : « Parce que nous sommes aujourd’hui comme nous étions hier ! » Noël est un leurre ou un mauvais rite pour enfants…
Bien souvent, non seulement nous ne nous exerçons pas, mais pis
encore : nous sommes tellement dans la négativité que nous
ne cessons de résister à la vie, nous ne permettons pas
à celle-ci de s’exprimer, de se manifester comme elle le
veut, si bien que nous ne connaissons presque jamais des moments de plénitude.
Tout est passé sous le crible du jugement, pesant et lourd, une
sorte d’autodestruction donc, dont le désespoir et la déprime
sont les grands symptômes d’une mort à l’œuvre… L’un des Evangiles les plus fabuleux à ce sujet est celui où Jésus, dans un court texte de seulement 10 versets, répète 6 fois le même verbe : « ne vous inquiétez pas, ne vous faites pas de soucis ! Mais « Regardez les oiseaux du ciel… Contemplez les lys des champs… » (Mat 6,24-34) Le Christ ne dit pas : « Ne vous occupez pas de la nourriture ou du vêtement » mais « ne vous préoccupez pas ! » Ce n’est pas le travail ni la vigilance qui sont condamnés, mais l’inquiétude et les projets sur l’à-venir comme s’il nous appartenait. Saint Paul est dans le droit fil de l’Evangile quand il dit : « je vous invite à travailler dans le calme et à manger le pain que vous avez gagné vous-même ». Le tort de Marthe à Béthanie n’a pas été de faire la cuisine, mais de s’en faire trop de soucis. Il ne s’agit pas d’encourager à la passivité, mais à vouloir plus et mieux encore, à ce que même notre conscience change totalement de cap. Le Christ ne nous donne pas le pain tout cuit, mais Il affirme que la confiance en Lui est plus importante que notre travail d’homme. On peut dire que tout, absolument tout est dans la confiance : vous savez ce mot contient le mot « fiance » - « fiancé », il s’agit de l’attitude nuptiale de notre foi, des épousailles mystiques avec Dieu à travers tout ce que nous faisons. Nous étions assis un jour avec un hindou sur une terrasse d’un café à Paris, tout-à-coup il nous dit : « Vous avez de la chance, vous chrétiens, le Christ vous a facilité la tâche ! » - « Comment cela ? » Ne vous a-t-il pas dit : « Cherchez d’abord le Royaume des cieux et tout vous sera donné par surcroît ! » Oui, il n’y a qu’une seule question qui devrait m’animer du matin au soir à travers tout : qu’est-ce qui me polarise, quelle est mon intention première et directrice à chaque instant ??? Il n’y a de Chemin qu’à ce prix-là. Seule cette polarité passionnée de tout notre être sur le Christ sort le quotidien des ténèbres et fait de lui une colonne de Lumière qui porte nos pas et en laquelle nous pouvons nous abandonner libre de tout souci. Comme le développe admirablement Eloi Leclerc dans « La Sagesse d’un pauvre » à propos de saint François d’Assise, la plus haute activité de l’homme et sa maturité ne consiste pas dans la poursuite d’une idée, d’un souci, d’un problème ou d’une inquiétude, mais dans l’acceptation humble et joyeuse de ce qui est, de tout ce qui est. L’homme qui se fait des soucis, qui est préoccupé, reste enfermé en lui-même et ne communie pas vraiment aux êtres. Il s’agite désespérément à l’intérieur de ses limites. Au bout du compte il croit avoir changé quelque chose, mais il se meurt sans même avoir vu le jour. Il ne s’est jamais éveillé à la réalité. Il lui manque la profondeur et la paix. La profondeur d’un homme est dans sa puissance d’accueil.
C’est très difficile d’accepter la réalité,
de s’abandonner à la volonté de Dieu ici et maintenant.
Nous voulons toujours « ajouter une coudée à notre
taille », d’une manière ou d’une autre, comme
dit l’Evangile. Tel est le but de la plupart de nos actions, même
spirituelles. Jusqu’au jour où nous nous heurtons à
un échec profond, il ne nous reste alors que cette seule réalité
démesurée : Dieu est. Et ce Dieu est un Père qui
me donne à chaque instant ce qui est le meilleur pour moi. L’homme
qui accepte cette réalité et qui s’en réjouit
à fond a trouvé la paix et l’attitude d’abandon.
Dieu est et cela suffit. Quoiqu’il arrive il y a Dieu, la splendeur
de Dieu. Cet homme est entièrement ouvert à l’action
de Dieu qui fait de lui ce qu’Il veut et qui le mène où
Il veut. Cette sainte obéissance donne à l’homme accès
aux profondeurs de l’univers, il voit clair à l’intérieur
du monde. Seul l’homme qui accepte Dieu de cette manière
est capable de s’accepter vraiment soi-même. Il devient libre
de tout vouloir particulier. Il ne veut plus que ce que Dieu veut de moment
en moment. Cet homme a découvert la Joie suprême ! Ses vieux
jours sont comme les couleurs de l’automne et son sourire une Lumière
sans déclin… Un vieux Sage disait : « Sois heureux
un instant, cet instant c’est ta vie ». Le tout est de commencer.
Alors, c’est pour quand ? Père Alphonse et Rachel Prière Mon
Père, Je m’abandonne à Toi,
Texte à méditer :
(Matthieu
6, 24-34) Sessions en cours à Béthanie
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