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| Lettre
N°44 |
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| Gorze,
Janvier 2008 C’est pourquoi beaucoup aimeraient arrêter le temps, pour « rester toujours jeunes ». Pour eux, une année n’est jamais « nouvelle », bien au contraire : la succession des années annonce un vieillissement inéluctable au bout duquel le tombeau est déjà ouvert ! C’est dans cette terrible angoisse de l’homme que Dieu s’est incarné à Noël. Il faut savoir rester devant la Crèche quelque peu pour surmonter son folklore lié à notre culture et, par une espèce de percée vers son au-delà, accueillir l’éblouissement. En se faisant homme, c’est à dire « chair de ma chair et sang de mon sang » Dieu me redonne aussi ses yeux d’enfant et, déposant l’éternité dans le temps, Il fait entrer le temps dans une prodigieuse mutation. Maintenant je suis à nouveau capable, par grâce effective, d’un émerveillement créateur et l’instant qui vient à moi n’est plus celui d’une mort à l’œuvre mais d’un renouvellement permanent. La jeunesse est donc devant nous, nous l’accueillons à chaque instant comme un processus qui est le tout du Chemin. Dieu, l’éternelle jeunesse, s’offre à moi de moment en moment. J’ai, ici et maintenant, le pouvoir exorbitant de traduire ou de trahir cette Joie. C’est la grandeur ou la décadence de ma liberté d’homme. Cette décision fait qu’un homme soit un homme, qu’il ait une structure en lui et un Chemin sous les pieds ; décision qui oriente profondément son être et forge aujourd’hui le visage du vieillard triste ou heureux de demain… Ainsi mon angoisse métaphysique, qui me met sur le « qui-vive » de ce qui va m’arriver, s’inverse en exultation, car, désormais, c’est toujours Dieu qui arrive et l’attitude qui m’ajuste à l’inouï de cet événement c’est : « Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux ! » Lorsque ce cri de joie et de foi sera devenu le chant incessant de mon âme, les cieux s’ouvriront sous la banalité des apparences du quotidien, « même si » rien ne va plus… En étant pleinement dans le présent, je peux sentir avec tous les pores de mon être la Présence Divine, en moi et autour de moi. La profondeur de la sensation de mon corps me donne une perception immédiate du Réel qui n’a ni passé ni avenir ; là Dieu est Dieu à travers des abîmes qu’on n’a jamais fini d’explorer. Seul notre total enracinement dans l’instant présent nous offre cette extraordinaire libération, libération de l’ego, du temps, des habitudes, du « déjà vu », de l’usure et donc de l’inévitable dégénérescence… En entrant dans notre histoire, le Christ nous a appris que « l’Etre de Dieu est notre devenir » (Maître Eckhart). Ce n’est par conséquent qu’en restant dans le devenir que l’Etre Divin se manifeste à nous et que nous réalisons notre vocation d’hommes ! Celui qui n’a pas peur de vieillir est couronné par la Vie, car, comme le dit admirablement Graf Dürckheim, l’âge signifie moins une fin en catastrophe que les véritables noces de l’homme avec son visage d’éternité… Dire « oui » au vieillissement, c’est accéder à la plénitude de la maturité, le contraire d’une triste et douloureuse régression ou d’une lugubre attente de la mort. L’important c’est d’avoir ses racines dans une Réalité qui se trouve au-delà de l’opposition « jeune et vieux » et d’expérimenter sa Présence bienheureuse justement à travers le devenir de ce qui passe, donc nous vieillit ! L’homme qui apprend ainsi à lâcher-prise au fil des ans fait des pas de géants sur le Chemin de l’incessante transformation. Sa vie n’est plus une fuite en avant mais, dans « l’instant vertical », la visitation de quelque Chose d’absolument neuf, et le voile qui le sépare de l’Invisible devient transparent à l’extrême. Rien ne peut plus lui ravir cette Joie. Au lieu d’être un poison pour son entourage, ce vieillard est une lumière pour tous, il attire secrètement les autres par son rayonnement, on l’admire et on l’aime pour ce qui émane de lui d’ineffable… Il a trouvé la vraie jeunesse ! Ce « vieux » est un sage, il détient le secret de la Vie…
Quel merveilleux programme pour l’année « nouvelle
» ! Père Alphonse et Rachel Prière du prophète Sophonie :
(Sacramentaire
Léonien - le plus ancien recueil liturgique) Texte à méditer
Sessions en cours à Béthanie
Informations Le prochain
numéro du Chemin
(N°77)
est sorti pour Noël. C’est un numéro très particulier
car il est consacré au Carmel et à sa spiritualité
sous forme de dialogue avec ses plus grandes figures.
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