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| Lettre
N°45 |
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| Gorze,
Février 2008 Le
grand thème de ce Carême que nous amorçons est notre
transformation. Si nous prenons les moyens et surtout l’esprit de
cette sainte Quarantaine, alors la fête de Pâque nous illuminera.
Devenir un « homme nouveau », voilà l’objectif.
C’est pourquoi la Sagesse de l’Eglise nous a donné
à méditer récemment la fameuse parabole du Semeur.
Le Christ est un admirable conteur, rien qu’en écoutant sa
parole, nous sommes déjà en voie de transformation. Pédagogie
extraordinaire !
Ainsi cette parabole du semeur est à elle seule une synthèse
inépuisable d’ascèse et de mystique. A la contempler
et à ruminer le texte longuement, elle nous engendre à une
toute nouvelle manière d’être ici et maintenant, y
compris dans notre corps. Le processus de la mutation se met en route
dès l’instant où je l’accepte. Tout comme le
grain de blé qui accepte de quitter son petit bonheur de grenier.
Il y est heureux, certes : on est ensemble avec d’autres grains,
il fait bon, pas trop froid ni trop chaud, tout est parfait. Que voulons-nous
de plus que le bonheur de la santé, de la réussite, de l’aisance
? Tout va bien ! Mais ce ne sont que des petits bonheurs quand même
et de surcroît, si on en reste là, ils nous font rater la
vie, car tel n’est pas son sens… Dieu ne nous a pas du tout
créés que pour cela ! La charrette arrive enfin sur la terre fraîchement labourée. Le semeur enfonce le grain dans la profondeur du sol. C’est l’épreuve inattendue : l’humidité le pénètre jusqu’aux tréfonds, il est transi de froid et tombe dans la ténèbre ; dépression et maladie, rien ne va plus : il se désagrège, se décompose et va mourir… Même sa foi merveilleuse en Dieu tombe en poussière, car il dit en lui-même ce qu’il a si souvent entendu dans sa vie : « Si Dieu existait, cela ne m’arriverait pas ! » Mais l’hiver passe, comme tout hiver, et acceptant finalement de se laisser enfouir par l’épreuve incompréhensible, s’abandonnant totalement à cet humus fertile, il commence à être visité, au sein même de son tombeau, par une poussée étrange. La Vie, une Vie tout à fait autre se met à germer au coeur de son consentement. Il sent qu’il va passer sur l’autre rive à mesure qu’il n’offre plus de résistance à ce qui se passe en lui. Bien plus : découvrant peu à peu que Quelqu’un était à l’œuvre derrière tout cela, le grain de blé arrive même à dire « Oui » à ce qui lui advient, à devenir un avec la terre et l’épreuve qu’elle lui impose. Il a l’impression d’épouser le vent, en quelque sorte, et d’être accordé à une Volonté supérieure. Une sagesse inconnue pénètre alors en lui et il se surprend à chanter, parfois, et de plus en plus souvent il bénit ce qui lui est contraire. Chaque fois qu’il fait cela, il meurt un peu plus à lui-même, à tous ses faux préjugés sur le bonheur, et constate qu’une sorte de plénitude monte en lui. Un jour de printemps, alors que tout son être n’est plus que chant et action de grâce au milieu de cette nuit au fond de la terre, son étonnante plénitude fait une percée. Elle monte jusque par-dessus la terre, elle surmonte tous les obstacles et porte au grand espace son fruit : cent pour un ! Le grain de blé s’est transformé en épi. Il a compris maintenant pour quoi il existait et où se trouvait cette joie que personne ne pourrait plus lui ravir. Son Dieu n’est plus celui qui aime les bonheurs faciles, seulement ceux qui nous transforment.
Que la Grâce, véhiculée par ce temps exceptionnel
de l’année et offerte à chacun, nous fasse muter vers
Son Royaume de Paix et de Joie ! Avec
toute notre affection, à bientôt ! Père Alphonse et Rachel Prière de Saint Ephrem le Syrien (IV°siècle) :
Texte à méditer
Sessions en cours à Béthanie
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