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| Lettre
N°55 |
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| Gorze,
janvier 2009 Vingt ans déjà…Et nous voulons partager avec vous cet événement et ce qu’il signifie pour nous. Graf Dürckheim est né au ciel à Todmoos- Rütte en Forêt-Noire le 28 décembre 1988, à l’âge de 92 ans. A travers ces longues années d’ardente recherche et de travail silencieux sur lui-même, il a allumé une grande lumière en cette fin de siècle, pour une humanité en désarroi. Dürckheim a été un grand sage pour beaucoup, un père pour quelques-uns, un initiateur pour la plupart, un ami inoubliable pour tous ceux qui l’ont rencontré. On
l’a exploité de mille manières, on se l’est
approprié, souvent il a été mis sur un piédestal
ou traîné plus bas que terre, certains l’ont mis au
rang des hérétiques et l’auraient bien condamné
comme Eckhart au XIII°siècle, d’autres se sont laissés
labourer par lui et ont connu une nouvelle existence. Mais lui n’appartenait
à personne et pourtant il les fécondait tous… Des
milliers sont venus à Rütte, chacun s’est senti reconnu
et aimé dans sa vocation personnelle, croyant ou incroyant, cheminant
dans telle ou telle autre tradition et de surcroît à sa manière.
Tous bénéficiaient de son rayonnement et avançaient
dans sa lumière.
A partir de ce jour, un lien indéfectible nous a unis ; il nous
a donné en partage le mystère dont il se nourrissait, cette
réalité d’étrange sorte qui l’habitait
et dont il ne traitait au grand jamais dans aucune de ses sessions ou
conférences, ni dans ses livres. Nous non plus, nous n’en
avons jamais parlé dans nos écrits. Mais maintenant que
le Graf est dans la vision de Celui qu’il ne cessait de nommer secrètement,
son message peut aussi se déployer jusqu’à cette totale
révélation. « L’Etre », dont toute son
œuvre est remplie, n’était pour lui autre que Jésus-Christ.
C’était cependant d’une extrême importance qu’il
parle de l’Etre, pour laisser à chacun la liberté
de le nommer. C’est là que se trouve la grandeur de l’homme… L’un des moments qui embrasaient le plus la chambre de travail, jusqu’à la fulgurance, c’était quand Dürckheim, dans un balbutiement ineffable, essayait de dire ce qui distinguait le christianismes des traditions religieuses : ses paroles sur la personne et l’amour aboutissant à la révélation de la vie trinitaire en Dieu étaient comme une profession de foi qu’il arrachait de ses entrailles. Nous étions comme sous la nuée de l’Esprit, à l’ombre du linceul de Turin représentant le Christ, toujours accroché au mur devant le bureau du maître. Le dialogue se faisait contemplation… Il n’y avait pus rien à dire, nous entrions dans le saisissement, au-delà des mots, de ce qui fait la trame sous-jacente à toute la métaphysique de Dürckheim : la dimension trinitaire de toutes choses. « Rien n’existe en dehors de la Trinité », disait-il en scandant le silence par répétitions lentes et successives…Ebranlés par la lumière d’une telle foi, nous lui avons offert à la rencontre suivante l’icône de la Trinité d’Andreï Roublev, l’un des grands sommets de l’art orthodoxe. Il la rapprocha tout près de ses yeux, ne voyant déjà plus guère, la contemplant pourtant longuement, puis murmura : « C’est ma préférée… » Et il l’installa sur un meuble, accompagnée de deux gros cierges qu’il alluma avec une lenteur festive. Il ne pouvait y avoir une communion plus profonde avec notre hôte qu’en ce mystère abyssal qui est aussi le centre de notre propre foi… Si l’orthodoxie a une « obsession » c’est bien la Trinité !
Avant de quitter le vieux chalet du maître ce jour-là, nous
nous sommes mis spontanément à genoux devant lui, il nous
a imposé ses mains et bénis en disant : « Vous êtes
faits l’un pour l’autre… Allez… » Et il
nous a envoyés au nom des grâces reçues.
Maintenant Karlfried Graf Dürckheim a quitté son petit hameau
de Rütte. Il n’est plus à des heures et des kilomètres
de voyage. Nous le sentons là, plus présent que jamais.
Lors de notre dernière rencontre près de son lit, avant
son grand départ, c’est Alphonse cette fois qui lui a imposé
les mains et il répétait, comme Jésus avant sa mort
à ses apôtres : « Vous êtes mes vrais amis…
» Merci, Graf, de nous faire sentir aujourd’hui la vérité
de ces dernières paroles !
Prière
Texte à méditer
Sessions en cours à Béthanie
Informations
http://www.centre-bethanie.org/livre_dialogue_durckheim.htm *** Pour recevoir la lettre de Béthanie gratuitement chaque mois par internet, inscrivez-vous en ligne. Si vous ne disposez pas d’internet nous vous enverrons la lettre par courrier mais pour ce faire, merci de nous adresser des enveloppes timbrées libellées à votre adresse. BETHANIE, Prieuré Notre-Dame et St-Thiébault,
57680 GORZE |
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