| Gorze,
février 2009
Chers
Amis,
Les Pères du Désert disent : « Une journée
sans contrariété est une journée perdue ! »
Cet aphorisme est la conviction commune de beaucoup de philosophes et,
bien sûr, des plus grands spirituels. Pourquoi ? Parce qu’ils
ont la certitude, souvent durement acquise, que les catastrophes sont
là pour nous éviter le pire. Et le pire c’est de traverser
la vie sans naufrages, de rester à la surface des choses, de confondre
la vie avec son ombre, de prendre les apparences pour la Réalité
et donc de ne jamais être précipité dans une autre
dimension.
En
fait de catastrophes, nous sommes bien servis depuis quelques temps…
Une terrible angoisse d’être engloutis tout vivants dans la
fameuse crise financière habite la masse des gens, une peur sournoise
remontant des profondeurs de l’inconscient nous dit que le fléau
dévastateur du sud-ouest d’hier peut être notre lot
demain n’importe où, et à cela qui suffirait, s’ajoutent
les misères incalculables de notre quotidien…
La question n’est donc pas de savoir si nous avons des contrariétés,
petites ou grandes, dans nos journées, car elles pullulent ! Mais
: qu’en faisons-nous ? La plupart du temps nous nous fermons et
cette résistance à la vie telle qu’elle se présente
risque de nous encapsuler dans la tristesse, la dépression ou le
pire des désespoirs, c'est-à-dire tout ce qui s’oppose
à la vie ! La société de consommation nous y enfonce
encore davantage, car elle nous exploite à mort en nous faisant
croire que notre salut c’est de consommer ses « remèdes
». Nous vivons innocemment dans une immense conspiration contre
la naissance de l’homme à lui-même et à sa profondeur.
Chacun y va de ses solutions qui nous murent un peu plus dans notre forteresse…
Elles sont, certes, des clés, mais qui n’ouvrent jamais au-delà
de l’horizontalité animale. La crise financière échappe
aux pouvoirs de notre raison et donne raison à toutes les interprétations…
La catastrophe écologique du sud-ouest est due, évidemment,
au réchauffement climatique. Quant à nos misères
du jour, elles sont des « tuiles » que nous envoie le «
bon » Dieu… « Qu’ai-je fait à Dieu pour
qu’Il me fasse cela ?! » ou encore : « Si Dieu existait,
Il ne pourrait pas permettre cela ! » Selon l’antique théorie,
il faut toujours un responsable, un bouc émissaire, qui endosse
la faute et barre donc la découverte de l’Essentiel oublié…
Ainsi nous sommes tous spécialisés dans l’esquive
et le détournement !
Tout cela est sans doute trop facile à écrire quand on n’est
pas dans le malheur, mais pour qui s’y trouve ces propos paraissent
d’un cynisme insupportable. Et pourtant il n’y a pas d’autre
issue que de se tourner vers soi-même. La transformation du monde
commence dans notre propre coeur et nulle part ailleurs !
L’homme est un microcosme, ce qu’il vit il le fait vivre au
restant de toute la Création, au macrocosme. S’il s’arrache
à la source de toute vie : Dieu. La nature ne peut que se révolter
et tout ce que l’homme entreprend est voué au nihilisme…
Tant que l’homme n’a pas compris cela, il est en crise. Celle-ci
est comme un bélier qui enfonce les portes de notre conscience
endormie ou rebelle. L’épreuve est proportionnelle à
la sourde oreille. Et cela cogne jusqu’à ce que nous soyons
dans les derniers retranchements de notre résistance, de notre
« non » à ce qui est, et qu’un jour arrive le
grand lâcher-prise où nous dirons à Dieu : «
Seigneur, fais de moi ce que Tu veux ! Je m’abandonne et me confie
à toi ! »
Assumer
totalement tout ce qui est, et les événements que notre
mental refuse en les interprétant comme « malheureux »
ou « inadmissibles » : cette acceptation de la souffrance
fait alors de la vie une « initiation », à condition
que cette unité avec l’Etre soit notre motivation essentielle
et prime sur tous les autres désirs. Nous ouvrir à ce qui
nous vient, c’est nous ouvrir au Verbe lui-même, au Soi. Et
lorsque l’ouverture est devenue totale, que toute l’existence
est devenue « oui » à tout ce qui nous advient, sans
que l’ego intervienne pour réagir, nous sommes vainqueurs
d’une victoire absolue et trônons sur le trône même
du Verbe, comme le promet l’Apocalypse. Nous sommes aux antipodes
de la « résignation », qui n’a rien d’évangélique,
ou pire : de l’acceptation d’une défaite ! Il s’agit
de l’abandon, du « oui » du Christ et de Marie, de poser
avec eux la bénédiction sur tout ce qui est ici et maintenant.
Cela seul permet à Dieu d’être Dieu, que l’existence
la plus noire devienne miraculeuse, que la maladie et la souffrance soient
un processus de guérison, que la mort elle-même se présente
comme le plus grand des remèdes, car « tout concourt au bien
de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8,28). Mais le vrai miracle, le voici
: l’ego meurt, nous cessons d’être les esclaves de nos
émotions et acquerrons la certitude d’être guidés
de l’intérieur. Plus rien ne nous trouble, plus aucun jugement
ne franchit nos lèvres, la Vie nous porte et nous sommes animés,
fascinés tout entier par cette bénédiction merveilleuse
: « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit
en moi ! » (Ga 2,20) Alors, mais alors seulement, c’est Lui
qui exprime en nous sa volonté et nous offre la solution à
toutes les crises, quelles qu’elles soient… La seule catastrophe,
c’est de nous détourner de Dieu ; le seul remède à
tout, c’est de revenir à Lui.
Avec
toute notre affection, à bientôt !
Père
Alphonse et Rachel
Prière
de Sainte Thérèse d’Avila
Je
suis à Vous, pour Vous je suis née,
qu’ordonnez-Vous qu’il soit fait
de moi ?
Vous voyez ici mon coeur,
je dépose sur la paume de votre main
mon corps, ma vie et mon âme, mes entrailles et mes affections
;
doux époux, ma rédemption, puisque je me suis offerte
à Vous
qu’ordonnez-Vous qu’il soit fait
de moi ?
Donnez-moi la mort, donnez-moi la vie :
donnez-moi santé ou maladie,
honneur ou déshonneur donnez-moi,
donnez-moi la guerre, ou une paix accrue,
la faiblesse, ou la force accomplie, puisque à tout je dis
oui.
Qu’ordonnez-Vous qu’il soit fait
de moi ?
Donnez-moi richesse ou pauvreté,
donnez-moi consolation ou désolation,
donnez-moi allégresse ou tristesse,
donnez-moi l’enfer, ou donnez-moi le ciel,
douce vie, soleil sans voile,
puisque je me suis rendue merci.
Je n’ai vécu que Vous en moi, je suis à Vous,
pour Vous je suis née,
qu’ordonnez-Vous qu’il soit fait
de moi ?
Saint
François dit : « Le Seigneur m’a fait voir que
la plus haute activité de l’homme et sa maturité
ne consistent pas dans la poursuite d’une idée, si élevée
et si sainte soit-elle, mais dans l’acceptation humble et joyeuse
de ce qui est, de tout ce qui est. L’homme qui suit son idée
reste enfermé en lui-même. Il ne communie pas vraiment
aux êtres. Il ne fait jamais connaissance avec l’univers.
Il lui manque le silence, la profondeur et la paix. La profondeur
d’un homme est dans sa puissance d’accueil. La plupart
des hommes demeurent isolés en eux-mêmes, malgré
toutes les apparences. Ils sont pareils à des insectes qui
ne parviennent pas à se dépouiller de leur coque. Ils
s’agitent désespérément à l’intérieur
de leurs limites. Au bout du compte, ils se retrouvent comme au départ.
Ils croient avoir changé quelque chose, mais ils meurent sans
avoir vu le jour. Ils ne se sont jamais éveillés à
la réalité. Ils ont vécu en rêve ».
(Eloi Leclerc
« Sagesse d’un pauvre », p 135)
Les
prochaines sessions à Béthanie
Du
27 février au 1er mars : «
L’entrée dans le Grand Carême». Temps-fort
de jeûne, silence et solitude autour de la Parole de Dieu. Offices
Divins, méditation et Liturgie. Cliquer
pour en savoir plus.
Du
12 au 16 mars : « Prière de
Jésus : Prière du coeur »,
Le bâton de pèlerin offert par la grande Tradition hésychaste
des Pères du Désert pour illuminer notre vie quotidienn.
Cliquer pour
en savoir plus.
Du
28 au 29 mars : «
L’art d’être dans l’instant présent ».
avec le Père Francis Dekeyser. Par le corps
que je suis, découvrir l’immense trésor qui habite
le « ici et maintenant » Cliquer
pour en savoir plus.
Informations
Les
anciens « classiques » parmi nos écrits : « L’Au-delà
au fond de nous-mêmes – Initiation à la méditation
» et « Prière de Jésus : Prière du coeur
» sont à nouveau réédités en livres
de poche. Le premier, muni d’une magnifique préface de Jean-Yves
Leloup, va paraître en avril aux éditions Dervy. Le second,
avec la préface de monseigneur Kallistos Ware, vient de reparaître
à nouveau aux éditions Albin Michel. Monseigneur Kallistos,
métropolite du patriarcat de Constantinople, est notre père
spirituel depuis la mort du père Sophrony. Nous sommes vraiment
heureux de sa préface de plus de dix pages, où il développe
sa profonde connaissance de cette Prière et de son ancienne Tradition.
Si
vous n’êtes pas déjà au courant, nous vous annonçons
la naissance au ciel d’Olivier Clément, grand penseur orthodoxe,
universellement connu. Pendant trente ans il a été un phare
sur notre Chemin. Certains parmi vous ont participé à ses
sessions à Béthanie ou ont lu ses articles dans la revue
« Le Chemin » à laquelle il a collaboré. Dans
le prochain numéro du 30 mars nous lui rendrons hommage. «
Que le Seigneur fasse briller sur lui la Lumière de sa Face ! »
Ecouter Olivier Clément en ligne http://seraphim.over-blog.com/archive-02-8-2009.html
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