Gorze,
octobre 2009
Chers
Amis,
Grâce
au prodigieux exercice du « Hara », qui était le
thème de notre dernière lettre, vous avez pu aborder
cette saison « maussade » comme des êtres solaires.
« Hara » signifie, en effet, « rayonnement du Soleil
». C’est la transparence à l’Etre intérieur,
qui est au-delà des opposés : il fait beau ou mauvais,
cela me plait ou me déplait… où nous sommes constamment
les victimes de nos états-d’âme !
Mais le « Hara », être vraiment centré corps-âme-esprit,
repose totalement sur le souffle, sur ce que Graf Dürckheim appelle
« la roue de la métamorphose » : se lâcher
– se donner – s’abandonner – renaître.
C’est la structure même de la respiration, qu’on
le sache ou non. L’exercice concret du Chemin de notre transformation
se pratique d’abord dans l’assise silencieuse et immobile
de la méditation, mais ensuite il s’intègre spontanément
dans l’agir quotidien, comme exercice de vigilance permanente.
L’expiration commence toujours dans la nuque et les épaules,
lieu de fixation de toutes nos tensions et vieilles mémoires.
C’est donc d’abord là qu’il faut «
se lâcher » ! L’effet immédiat est la descente
de l’expiration vers le bassin : « se donner ».
Ce grand mouvement culmine à la fin de l’expiration dans
le moment mystérieux de l’intervalle où il faut
« s’abandonner » et goûter ce qui se passe.
Alors, surtout ne pas prendre l’inspiration, mais l’attendre,
l’accueillir comme une visitation divine, elle vient du fin-fond
de mon être, du bassin matriciel, pour m’engendrer : «
renaître ». Ces quatre étapes sont un seul mouvement,
le mouvement même de la vie et de toute métamorphose.
Il a ceci de génial qu’il peut être appliqué
par tout le monde, sans appartenir à une foi quelconque. Mais
le chrétien, à mesure qu’il approfondit la pratique,
découvre dans la « roue » une lecture quasi «
charnelle », expérimentale de la Bible. « Se lâcher
» est la première condition du chemin, le premier pas
sans lequel il n’y a pas de second. Aussi ce commandement résonne-t-il
tout au long des Ecritures sous mille formes, depuis le « Va,
quitte ton pays » adressé à Abraham jusqu’au
jeune homme riche de l’Evangile auquel Jésus dit : «
Va, vends tout ce que tu as ! » et la première béatitude
qui résume toutes les autres : « Heureux les pauvres
! »
«
Se donner » se passe de commentaire, le don de soi est synonyme
d’amour : la Bible ne nous a été donnée
que pour cela, la révélation de l’Amour ; chaque
verset du texte l’annonce ou le réalise sans utiliser
le mot, jusqu’à sa plénitude où Dieu lui-même
se révèle comme étant l’Amour en personne.
Entrer dans ce mouvement du don intérieur, c’est participer
à la vie même de la Trinité où tout est
don d’une Personne à l’Autre.
«
S’abandonner », c’est ne pas mettre de mesure au
don de soi, c’est consentir à l’abnégation
totale, à la mort même, et cette rémission totale
entre les mains de Dieu, comme « l’argile entre les mains
du potier » dirait le prophète Jérémie,
c’est ce « oui » inconditionnel dont nous avons
parlé, l’acceptation, serait-ce de l’inacceptable.
Qu’y a-t-il en effet de plus inacceptable que la mort ? Là
s’exerce la victoire sur toute contrariété, petite
ou grande. Là je suis sur la croix avec le Christ anéanti.
Mais
c’est aussi de là et de là seulement que peut
jaillir toute vie : « renaître », l’inspir.
C’est le baiser du Créateur sur sa créature qu’IL
ne cesse de susciter à la vie. A chacune de mes inspirations
se réalise ce qui est révélé dès
le début de la Bible : Dieu insuffla dans ses narines une haleine
de vie et l’homme devint un être vivant (Gn 2,7). Cette
haleine de Vie que Dieu nous insuffle constamment, c’est notre
esprit, ce que Dürckheim appelle « l’être essentiel
», mais Il nous insuffle en même temps et inséparablement
aussi sa vie à Lui Père-Fils-Esprit Saint, c'est-à-dire
notre « origine céleste ». Le Christ réitère
d’ailleurs ce geste au lendemain de sa résurrection,
Il restaure la création et à nouveau « Il souffle
» sur les disciples.
L’homme est ainsi non seulement un temple passif de la Présence
trinitaire, mais nous sommes tout le temps animés, vivifiés
et maintenus dans l’existence par la Divine Trinité.
Comme dit encore le psaume 104 : Tu envoies ton Souffle et nous sommes
créés ; tu retires ton Souffle, nous expirons et retournons
à la poussière. Dürckheim a risqué un jour
cette phrase proprement inouïe : « Notre inspiration est
l’expiration de Dieu en nous, et notre expiration l’inspiration
de Dieu en Lui. » C’est dans cet échange de souffle
divino-humain que se trouve la métamorphose de l’homme.
L’homme est en voie de création et il n’est vraiment
homme que s’il devient dieu. Là seulement il peut naître
à ce qui est unique en lui : la personne, cette « Réalité
» dont Graf Dürckheim disait qu’elle seule l’intéressait,
non les expériences de libération, car «une illumination
ne fait pas encore un illuminé» ! La transformation en
une personne est réellement la naissance de l’homme.
Mais il n’y a que Dieu qui est vraiment Personne et l’homme
ne l’est que par « participation ». La sensation
consciente de la présence de Dieu jusque dans l’intimité
du souffle suscite une communion-osmose, où le visage du Christ
trans-paraît dans celui de l’homme, lui donne existence
et forme, il le trans-figure au sens propre. Tous les sages et les
saints témoignent de ce rayonnement. Sans cette divinisation
l’homme n’a pas de visage, c’est un chaos informe,
« il porte le masque de la bête » dit saint Grégoire
de Nysse (IV°siècle). Il s’agit d’une suprême
inhabitation réciproque de deux consciences, celle de Dieu
et celle de l’homme ; elles interfèrent et deviennent
transparentes l’une à l’autre, c’est une
fusion sans confusion, une réciprocité abyssale où
se révèle la personne.
La
« roue de la métamorphose » ne cesse de s’approfondir
et ne livre tout son mystère qu’à mesure de l’assiduité
et de la persévérance… Nous vous les souhaitons
chaleureusement.
avec toute
notre affection, à bientôt !
Père
Alphonse et Rachel
Texte
à méditer
«
Tu
dois savoir ici que le véritable détachement consiste
« seulement » en ce que l’esprit demeure aussi
insensible à toutes les vicissitudes de la joie et de la
souffrance, de l’honneur, du préjudice et du mépris
qu’une montagne de plomb est insensible à un vent
léger. Ce détachement immuable conduit l’homme
à la plus grande ressemblance avec Dieu. Car Dieu est Dieu
du fait de son détachement immuable, et c’est aussi
de son détachement qu’il tient sa pureté,
sa simplicité et son immutabilité, et c’est
pourquoi si l’homme doit devenir semblable à Dieu,
dans la mesure où une créature peut avoir une ressemblance
avec Dieu, ce sera par le détachement… »
(Maître
Eckhart)
«
Le
Seigneur est mon berger : je ne manquerai de rien.
Il me fait reposer dans de verts pâturages.
Il me mène près des eaux tranquilles :
Il y restaure mon âme.
Il me conduit dans les chemins de la justice,
pour l’honneur de son Nom.
Quand je marche dans le chemin de l’ombre de la mort,
Je ne crains aucun mal car Tu es avec moi :
Ta houlette, ton bâton me rassurent.
Tu dresses devant moi une table face à mes adversaires,
Tu oins d’huile ma tête et ma coupe déborde.
Ta miséricorde m’accompagnera tous les jours de ma
vie,
j’habiterai de longs jours la maison du Seigneur.. »
(Psaume
23)
Prochaines
sessions à Béthanie
Du
29 au 2 novembre : «
Prière de Jésus : Prière
du Coeur
». Du 29 octobre au
2 novembre : « ». Cette Prière, qui est l’essence
de la Tradition des Pères du Désert, pénètre
jusqu’à la moelle des os et illumine notre vie quotidienne.
Cliquer pour en savoir plus.
Du
8 au 9 novembre
: «
Les racines juives du Christianisme »
. avec
le Rabbin Philippe Haddad. Grâce aux Psaumes, un plongeon
inattendu dans la Bible. Cliquer
pour en savoir plus.
Du
21 au 22 novembre : «
Le couple : Accordance – Discordance
– Transcendance »
. La vie à deux : enfer ou paradis
? Quels sont les moyens pour aller de l’un à l’autre
et en faire un chemin de sainteté ?
Cliquer
pour en savoir plus.
Du
8 au 9 novembre : «
Les racines
juives du christianisme à travers les Psaumes
»
, avec le Rabbin Philippe
Haddad. L’univers culturel et religieux de Jésus,
sa mentalité, ses mœurs, sa façon de penser,
de parler et d’agir… Connaître et aimer le Christ,
c’est d’abord descendre dans ses origines humaines.
Cliquer pour en savoir plus.
Informations
Après
le départ brutal de José en avril, Nathalie quitte à
son tour Béthanie pour le rejoindre. Nous les accompagnons
de notre prière, afin que Dieu les éclaire sur leur
Chemin et les bénisse. C’est une réelle épreuve
pour Béthanie, nous comptons aussi sur votre prière
et votre soutien !
Le
réseau de Béthanie :
Pour
s'inscrire et visiter le réseau vous devez vous inscrire en
vous connectant à l'adresse suivante http://bethanie.ning.com/?xgi=fgZefDG
Après
votre inscription vous pourrez revenir sur le réseau en utilisant
uniquement l'adresse :
http://bethanie.ning.com/
***