Gorze,
janvier 2010
Chers
Amis,
Que nous
souhaiter de plus grand pour cette Année Nouvelle qui s’ouvre
sinon l’Amour ?
Seul
l’Amour peut faire toutes choses nouvelles, comme dit l’Apocalypse.
L’Amour ne se répète jamais, il est toujours inédit,
la radicale nouveauté est son essence-même ! Le malheur
du mot « amour », c’est qu’il a été
assimilé à une émotion ou à l’affectivité,
et que son sort se lie maintenant à toutes les pornographies
alors qu’il s’agit de la Vie même, de la manifestation
de Dieu et du sommet de tout être. C’est en l’amour
seulement que nous pouvons agir, agir et nous mouvoir. Seul l’amour
purifie, unifie, communie, et, au bout de ces trois, la mutation de
la conscience signifie suprême félicité. L’amour
est la clé et le secret de toute joie. Les deux se contiennent
inséparablement, parce que ontologiquement : c’est là
où il y a le plus de joie qu’il y a le plus de vérité,
disait Paul Claudel.
Le
plus haut degré d’intensité de l’amour c’est
l’union totale, jusqu’à la possession mutuelle
où il s’ouvre alors à l’universalité.
Cet amour n’a plus d’ennemi ni même de contrariété
: il est comme le soleil qui rayonne sur tout passant indifféremment,
les bons et les mauvais. Il a la vision de la Beauté omni-présente
et de la Joie qui imprègne tout l’univers, toute chose.
On a comparé cette Joie à un éther secret de
béatitude, sans lequel rien ne saurait respirer ni vivre, fût-ce
un moment. Si on peut expérimenter cette Joie universelle,
c’est parce qu’elle est le fond de notre propre cœur.
C’est pourquoi, lorsque nous regardons le monde avec le désir
de cette Joie qui se trouve derrière tout, il arrive souvent
que le voile tombe soudain et qu’une Présence immanente,
enveloppante, pénétrant tout, fasse irruption à
nos sens intérieurs. C’est là le signe même
que notre conscience profonde s’est transformée. Elle
sait lire maintenant la vraie Réalité, dont la surface
visible, les formes ou les couleurs, ne sont que l’habitation.
La créature visible est le vêtement du Verbe de Dieu,
dit Scot Erigène (IXe siècle). Le regard aimant est
constamment aimanté par toutes choses, derrière lesquelles
se cache la joie de la rencontre du Bien-Aimé. Il n’y
a plus à fuir le monde et les choses, mais au contraire, à
chaque instant, aller en leur en-dedans, tabernacle de l’éternelle
Présence. Ainsi amour et joie se conjuguent en nous jusqu’à
ce que, par l’exercice et la grâce, se forge une incessante
habitude, une conscience-félicité qui approche désormais
la vie d’une manière radicalement nouvelle. La vie comme
communion, telle est notre joie qui doit devenir permanente.
Toutes
nos pensées, toutes nos impulsions, nos sentiments, nos actions
s’arrêtent encore pour le moment à l’extérieur,
au fonctionnement utilitaire, bulles d’une surface agitée,
mais un jour ils seront un jaillissement de la Source au fond de nous,
l’identification sera telle que ce sera Lui, le Seigneur, qui
vit à travers chaque manifestation de notre être. Tout
en nous, sera perçu comme véhicule se sa Présence
et de sa venue toujours nouvelle.
A partir de cette Source intérieure, l’homme s’unifie
et voit partout précisément la même Réalité.
Les événements eux-mêmes sont alors des messagers
de Dieu et des chemins qu’Il se fraye pour venir à nous.
Rien n’y échappe, la souffrance elle-même peut
être auréolée de sa Lumière, se transformant
en joie par la communion à Lui. Cette communion est le lieu
de l’alchimie, elle est le vrai miracle de l’existence
humaine, c’est le porche par lequel on entre dans la félicité
universelle. Mais comment y entrer ? Par un changement radical de
soi-même ! Cette nouvelle approche de soi et de la vie est inaccessible
au vieil homme. L’enjeu est celui de la transparence. L’homme
doit devenir à ce point transparent qu’il a pleinement
conscience de la présence de l’Etre en lui, qu’il
en a une expérience sentie et qu’il porte la responsabilité
d’en être le témoin dans le monde.
On
n’obtient rien sans une détente profonde du corps, sans
un mûrissement constant de la centration dans le bassin et une
respiration qui approfondit sans cesse l’état de veille
critique, le lâcher-prise et l’abandon. Qu’a-t-on
fait du fameux constat du Christ, quant au corps de l’homme
: Il n’a pas de profondeur de terre…, pas de racine en
lui-même (Mt 13,5-6). Et de cette autre injonction de saint
Paul : Soyez enracinés et fondés ! (Ep 3,17) ? On sait
bien que dans le langage sémite, et surtout dans la Tradition
de l’Incarnation, toute parole doit s’incarner et avoir
une réalité corporelle. Comment l’homme pourrait-il
communier à la racine des êtres et des choses si lui-même
n’a pas de racine ni de profondeur de terre ?
Détendu
et centré, l’homme est peu à peu délivré
de l’esclavage du petit moi et de son emprise. C’est seulement
par cet « enracinement », cette centration que le corps
devient un pont vers l’Au-delà. Ancré dans cette
intériorité la plus intérieure, il n’a
plus besoin d’être « ego-centré » et,
par là, de vivre dans un monde clos sur lui-même, rempli
d’objets sans âme. Se recevant de l’Etre comme le
ruisseau de la source, cette transparence progressive libère
l’homme de toute dépendance mondaine et des fixations
extérieures. Il a le recul nécessaire face à
tout, re-cueillement qui est l’exercice de base dans la vie
quotidienne pour rejoindre sans cesse la jubilation à la racine
de chaque instant, y communier.
Que chacun des instants innombrables de cette année soit comme
un Ange qui vient nous dire : « N’oublie pas : ton Je
est un autre » !
avec
toute notre affection, à bientôt !
Père
Alphonse et Rachel
Texte
à méditer
«
Ainsi
tout est grâce, le Christ se donne à travers tout,
non pour que nous nous arrêtions à ses dons, mais
pour que nous jubilions devant l’indicible excès
de son Amour.
Devant
cette surabondance de joie, ne pose plus de questions indiscrètes,
dépasse les raisonnements, n’exige pas une réponse
aux pourquoi des événements, c’est de la mesquinerie,
car la Providence ne s’explique pas, sa sollicitude est
incompréhensible, sa bonté indicible et son amour
impossible à déceler… Que ce soit le pain
blanc de la consolation ou le pain noir de la désolation,
c’est toujours du pain, il y a Don inséparable du
Donateur.»
(Saint Jean
Chrysostome, IVe siècle)
«
Seigneur,
prépare-moi et soutiens-moi à chaque heure de ce
jour. Quelles que soient les nouvelles que je reçoive,
apprends-moi à les accueillir d’un cœur tranquille,
fermement persuadé qu’elles sont l’expression
de ta sainte Volonté…Que je n’oublie jamais
dans les circonstances imprévues que tout m’est envoyé
de Toi… )
(Staretz d’Optino,
XIXe siècle)
Prochaines
sessions à Béthanie
Du
30 au 31 janvier : «
Trouver
sa voix »
avec
Gundelinde. Descendre dans le secret de son intimité pour
y laisser émerger le son de la Vie.
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pour en savoir plus.
Du
30 au 31 janvier : «
L’art
d’être dans l’instant »
avec
le Père Francis Dekeyser. Une nouvelle manière d’être
dans le quotidien par le corps que je suis.
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Du
12 au 14 février: «
La guérison des maladies de l’âme ».
Le diagnostic et la thérapie des troubles psychiques
vus par la sagesse des Pères du désert. Une psychologie
des profondeurs et une ascèse de libération.
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Informations
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mois Père Alphonse et Rachel Goettmann s'expriment dans un
entretien vidéo sur une thème de leur enseignement.
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