Gorze,
février 2010
Chers
Amis,
Le printemps
sera bientôt à nos portes et avec lui le grand renouvellement
de toute la création. Pour participer à cette mutation,
la sagesse de la Tradition nous invite à 40 jours de jeûne,
qui aboutissent à la renaissance pascale. C’est le «
Carême » ou « printemps de l’âme »,
comme l’appellent les Anciens, qui nous fait passer à
l’acte.
Le jeûne pose en effet la décision du changement à
la racine de la liberté, il réoriente tout l’être
dans l’expérience d’une faim durable comme folie
d’amour pour Dieu. Endurer la faim, sans manger, signifie d’abord
que l’homme ne dépend pas de la nourriture, qu’il
n’est plus victime du mensonge universel dont la société
entière a fait sa vision, car elle ne survit que par la «
consommation », et que, finalement, la faim est un état
spirituel. En lui on découvre ce que Satan veut nous cacher
depuis toujours, à savoir que nous dépendons totalement
de Dieu et de Dieu seul ! C’est pour cela que jeûne et
prière sont si intimement liés. Le jeûne seulement
physique ne serait qu’un suicide, si l’alchimie de la
prière ne le transformait pas en une formidable source d’énergie
: Certains démons ne s’en vont que par la prière
et le jeûne, dit Jésus (Mt 17,21).
C’est le jeûne et la prière conjoints qui nous
arrachent à la tentation démoniaque et nous incorporent
à l’expérience du Christ pour nous entraîner
dans un processus de libération avec Lui et en Lui. Ce jeûne
en Christ est donc véritablement ontologique, il s’enracine
dans l’acte rédempteur du Christ, dont le jeûne
des quarante jours culmine dans la croix et la résurrection.
Le jeûne priant est une participation intime à la Pâque
du Christ.
Par le jeûne nous entrons dans l’expérience du
dépouillement infini du Christ, son anéantissement,
et là, nous prenons immédiatement conscience de la maladie
dont nous avons le plus besoin d’être sauvés :
notre complicité avec nous-mêmes. Nous sommes possédés
par notre moi ; notre perpétuel tourment, notre vraie misère,
où s’originent toutes les autres, se trouve là
et nulle part ailleurs. C’est le mal radical qui corrompt en
nous tout ce qui est possible sur le plan spirituel, la source de
tous les désastres, de tous les malheurs, personnels et universels.
La purification opérée par le jeûne et la prière
est sans limites. Elle pénètre jusqu’au méta-centre
de l’homme, révèle le noyau de l’être,
le point de repos intérieur (Dr Buchinger). Là, dans
l’ultime faiblesse où peut nous conduire le jeûne,
dans l’abîme de notre « néant », où
notre lâcher-prise est absolu, s’ouvre à nous l’abîme
de Dieu. Nous expérimentons que le Royaume de Dieu nous est
intérieur, que nous participons dès maintenant de sa
gloire. Alors l’homme commence à sentir ce renouvellement
de soi qui signifie sa lente naissance au ciel ici-bas même
et, qu’en fin de compte, il ne mourra plus…
Tous ceux qui font l’expérience du jeûne sont surpris
par la lente transmutation de leur corps et leur nouveau rapport à
la matière, à tout ce qui les entoure, au cosmos lui-même.
Le corps est un microcosme.
Quand le jeûne nous fait « basculer », il s’agit
d’une différence radicale d’aimantation. On passe
de la toute puissante aimantation vers le bas à l’aimantation
légère et très joyeuse vers le haut, céleste
et angélique. Le corps se spiritualise, parce qu’il cesse
d’être sous la domination du ventre et de ses instincts,
d’une part, et d’autre part parce qu’il entre en
osmose avec le corps spirituel ou subtil dont parle saint Paul (1
Co 15,44). La sensation du corps doit alors s’exercer, elle
ne cesse de s’approfondir et devient peu à peu, comme
disent les Pères, « sensation du Divin ». Cette
sensation est un vrai lieu géométrique où confluent
toutes les données d’un réel progrès sur
le Chemin, d’une profonde transformation : présence à
soi, présence à Dieu et présence au présent.
La simple sensation du corps pourvu qu’elle dure, ouvre à
une nouvelle conscience et fait tomber le voile trompeur des apparences.
Il y a beaucoup de manières de jeûner, chacun doit trouver
la sienne, compte tenu de sa santé, de son travail et des circonstances
de sa vie : ne rien manger du tout et boire abondamment, ne prendre
qu’un seul repas par jour ou encore manger très sobrement…
Le jeûne s’adresse aussi aux plaisirs. Ainsi peut-on par
exemple supprimer les desserts, le vin et tout ce qui flatte l’ego.
On peut jeûner de pensées, du jugement, de la parole
facile, du cinéma et de la télévision, de certaines
habitudes… Il n’y a pas de limites à nos dépendances
et chacun doit discerner ce qui l’empêche de vivre pleinement.
Pour finir rappelons qu’en jeûnant, je gagne du temps
: il appartient à Dieu pour la prière ; et je gagne
de l’argent : il appartient aux nécessiteux ! C’est
le fameux trinôme : « Jeûne – Prière
– Aumône » fixé très tôt par
la Bible (Tobie 12,8).
Pour sauter dans cette fabuleuse aventure, nous vous proposons un
week-end de jeûne à Béthanie du 26 au 28 février.
A vos
marques et bon courage !
avec
toute notre affection, à bientôt !
Père
Alphonse et Rachel
Texte
à méditer
«
Voici
ce qu’opère le jeûne : il guérit les malades,
dessèche les écoulements d’humeurs corporelles,
repousse les démons, expulse les mauvaises pensées,
rend l’esprit plus clair, purifie le cœur, sanctifie le
corps, place l’homme sur le trône de Dieu.
Le jeûne est une grande force et procure de grands succès.
Le jeûne est la vie des anges, qui place celui qui s’y
adonne dans l’ordre angélique…
Bienheureux celui qui jeûne pendant tout ce temps, car il habitera
la céleste Jérusalem, il chantera avec les anges, il
se reposera avec les prophètes et les apôtres.
»
(Saint Athanase d’Alexandrie, IVe siècle)
Prière
de l’Eglise orthodoxe pour le carême
(Après
chaque phrase, on se prosterne front contre terre ou on s’incline
profondément selon ses possibilités)
Seigneur
et Maître de ma vie, l’esprit d’oisiveté,
de découragement, de domination et de paroles faciles, éloigne
de moi.
L’esprit
d’intégrité, d’humilité, de patience
et de charité, donne à ton serviteur.
Oui,
Seigneur et Roi, donne-moi de voir mes fautes et de ne pas juger mon
frère car Tu es béni dans les siècles des siècles.
Amen.
(Saint Ephrem le Syrien, IVe
siècle)
Prochaines
sessions à Béthanie
Du
26 février à 19h au 28 février à 17h
: «
Retraite
du Grand Carême »
Jeûne,
silence, solitude, méditation de la Parole de Dieu..
Cliquer
pour en savoir plus.
Du
13 mars à 9h au 14 mars à 17h : «
Comment
sortir du mal-être et aller vers la liberté»
avec
le philosophe Bertrand Vergely.
Cliquer
pour en savoir plus.
Du
20 mars à 9h au 21 mars à 17h : «
Apprivoiser la mort ».
Muter vers la plénitude de vie et faire de la mort
une « grande allégresse ».
Cliquer
pour en savoir plus.
Du
31 mars à 19h au 4 avril à 16h : «
Semaine Sainte et Nuit pascale ».
Apprendre à vivre et à mourir avec le Christ
».
Cliquer
pour en savoir plus.
Informations
Les
entretiens de Béthanie : chaque
mois Père Alphonse et Rachel Goettmann s'expriment dans un
entretien vidéo sur une thème de leur enseignement.
http://www.centre-bethanie.org/video_entretiens_bethanie.htm
Le
réseau de Béthanie :
Pour
s'inscrire et visiter le réseau vous devez vous inscrire en
vous connectant à l'adresse suivante http://bethanie.ning.com/?xgi=fgZefDG
Après
votre inscription vous pourrez revenir sur le réseau en utilisant
uniquement l'adresse :
http://bethanie.ning.com/
Suivre
Béthanie sur Twitter
http://twitter.com/centrebethanie
***
Partager
cette lettre