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Ce chant qui guérit
"Kanakê-Sophia"

Auteur : Marie Gabriel Harmand (Gundelinde)

Extraits

Comment parler du chant sans craindre la « fausse note » ?
Parler du chant qui guérit sans parler de LUI, le Vivant oeuvrant à travers le souffle humain ?
Comment ne pas nommer Mme Werbeck SVARDSTRÔM, celle qui sema les graines si précieuses ?
Comment ne pas remercier mon maître de Voix, serviteur du CHANT?

Puissent ces lignes embaumer jusqu'au ciel et porter au monde un peu de ce parfum rare.

Parfum d'amour
Amour divin

La maladie et ses brisures comme terre aride, ont été le « Lieu Saint de la Rencontre du Son Guérisseur ». A travers l'exercice quotidien, bienfaits et grâces abondantes me furent accordées.

Pluie merveilleuse,
Régénère ma terre
Assoiffée, meurtrie. Dans l'humide de la terre
J'ai vu le soleil !

Madame WERBECK-SVÂRDSTRÔM, mère de l'école du dévoilement de la Voix, est née au ciel en laissant au monde son oeuvre créatrice créante, source vive : son école de Voix reliée à l'école « céleste ».

Elle fut de son vivant une artiste chanteuse en terre nordique, la Suède, aimée de son roi dans la fin du dix-neuvième siècle. L'enseignement du chant en cette fin de siècle subissait déjà les effets appauvrissants d'une société liée à l'esprit du matérialisme, vidant ainsi l'art vocal de sa substance spirituelle.

Femme d'un grand courage et d'une amplitude d'esprit peu commune, elle osa se pauser en face de ce mouvement descendant, aux chaînes puissantes. Elle fut à l'origine d'un mouvement de régénération de L'ART VOCAL, non plus dévié, descendu dans la sphère du parler, du crier.
Sa quête du « son perdu » la conduisit jusqu'à la porte de la PRESENCE.

Formes de lumière,
ô phonèmes.
Portes du Logos
Joie retentissante,
Souffle des anges
Chant, tu me portes
Hors l'exil.
Toi qui soignes, guéris
Accorde- moi de marcher
vers la beauté
Beauté remplie de bonté
bonté ouverte à
la vérité
Vérité auréolée de lumière
Lumière donatrice
De vie.

C'est ainsi qu'à travers l'expérience des phonèmes remplis du SON, elle renouvela son rendez-vous avec le Son devenu audible s'écoulant dans la coupe phonémique inlassablement ciselée.
A l' âge de quatre-vingt-quinze ans, elle quitta ce monde sans délaisser ce courant de vie, qu'elle nourrit des hauteurs, prodiguant ainsi soins et tendresse à ceux qui sont encore ses élèves.

(...)

L'homme contemporain souffre du raidissement de son larynx, il souffre aussi de ne plus pouvoir chanter, il souffre « loin de son Dieu », loin de la lumière, son ciel, s'éloignant chaque jour un peu plus. De ce fait l'étendue de sa voix se limite de plus en plus et il confond le parler et le chanter l'un se fondant dans l'autre. Il a perdu la lumière des notes aiguës et la chaleur des notes basses profondes. Son larynx a oublié sa danse céleste.

Les lyres célestes pleurent l'exil des lyres humaines, échouées sur la terre du milieu. Il a oublié que son corps résonnant est un organe du toucher pour la lumière. L'homme sait-il encore pénétrer de façon naturelle dans le son ? Il entend et reste à la superficie, forme des voix spécialisées toutes pareilles. L'étendue de la voix se rétrécit dans l'éloignement d'avec la réalité de l'inaudible, coupe du vivant son. Une brume épaisse sépare du son vivant l'homme qui ne sait plus écouter. L'expérience de la musique met en mouvement la totalité de l'homme et il est faux de dire : « j'entends avec l'oreille ».

L'expérience du son se fait dans l'organisme tout entier. Ecouter de la musique modifie le processus respiratoire, la forme donnée à l'air vient frapper le cerveau puis est renvoyée dans l'organisme où se passe la perception musicale. L'air inspiré arrive directement par le canal de la moelle épinière et la poussée de la respiration s'unit aux mouvements parcourant les cordons nerveux. Les vibrations de l'air portent le son, elles n'engendrent pas le son. L'oreille n'intervient pas directement en tant qu'organe sensoriel, elle sert d'intermédiaire vers l'intérieur, réfléchissant en nous le son porté par l'air, laissant en l'homme une impression, un sentiment.

(...)

Oui, Mme Werbeck propose de par son école une expérience et non une méthode. L'expérience du son se fait dans l'organisme, le chant est lié à l'activité du langage et participer aux forces qui modèlent les mots a quelque chose d'inouï ! Tout doucement le son éveilleur conduit la conscience jusqu'à la porte de l'invisible et l'invite a contempler la force modelant les coupes des lettres audibles dans l'espace. Vénération et respect emplissent l'être en résonance avec le geste divin lors de la formation du monde.

(...)

Il faudra un long travail pour que les muscles du visage, ceux de la langue, redeviennent les bons ouvriers, serviteurs du langage atrophié se métamorphosant en un chanter parfaitement modelé. Le monde du phonème et du son peuvent s'harmoniser, s'équilibrer, s'unir. Ce long apprentissage équilibre l'âme, la fortifie, en elle glisse des hauteurs, l'ange de la beauté. Le chant juste a une action curative sur l'âme et d'elle naît le geste guérisseur vers le corps parfois bien malade. La quête du son perdu est le bâton de pèlerin de l'homme du passage, un véritable soutien dans nos morts, dirigeant l'âme vers le centre, afin que l'être puisse rayonner enfin. Elle reconnaît en elle l'activité rédemptrice du Christ s'offrant dans le son. Le chanteur se meut dans le monde du son par la mélodie, musique vivante, avec elle il s'élève, avec lui la parole. Parler et chanter sont deux natures différentes tout en ayant entre eux des liens. Il est nécessaire de connaître chacun de ces deux mondes que des liens justes relient l'homme et les courants sonores.

(...)

Cette rencontre avec le son ne doit pas devenir un bien, le chanteur apprendra à offrir son chant. Par l'expérience de la réflexion du son, le son se mire en lui. C'est en quelque sorte une invitation à l'expérience du


« QUE TA VOLONTE SOI FAITE
COMME EN HAUT DANS LES CIEUX
DE MÊME AINSI SUR TERRE »

de la grande prière universelle et intemporelle qu'à laissée le Christ Jésus pour l'humanité, ou encore

« DIEU CREA L'HOMME A SON IMAGE »

du Livre Saint, la « Tora de Dieu ».

(...)

Les trois grandes phases (conduite du son, élargissement et réflexion du son) sont présentes dès les premiers exercices, tout comme la fleur offrira à la terre la graine cachée en elle, contenant de la fleur à venir. Cette fleur, avant d'ouvrir sa corolle au jour, aura traversé les étapes nécessaire avant le grand instant de l'éclosion.

(...)

Le chanteur accompagne le travail du son en lui avec l'activité chaleureuse de son sentir. Une respiration malade retrouvera calme et profondeur, en écho, son âme retrouvera elle aussi, la force qui réconforte et le calme. Cette régénération de la respiration rétablit une nouvelle façon de penser.

(...)

Le souffle divin façonne Adam éternellement, de même, la « lettre » façonne l'homme dans son chanter.

(...)

La langue est divisée en trois parties: la langue buccale visible, l'épiglotte et la racine.
Ces espaces ont un lien avec l'homme-tête qui pense, l'homme-rythme qui ressent et l'homme-membre qui est mis en mouvement par les forces de la volonté.

(...)

Il est nécessaire de rencontrer sa langue afin de réveiller celle qui paresse, la discipliner, la tonifier, enfin rassurer celle qui s'accroche au palais, ou celle qui ne cesse de se mouvoir, aimer celle qui tient prisonnière dans sa masse colère, révolte, non-dits. Le but est de mettre la langue au service du chant. Ce travail de la langue, discipline curative, met en lumière l'histoire de chacun dans une expression nouvelle.

(...)

Une respiration juste réaccorde l'homme à son corps de santé, ainsi ses pensées changent.

Qu'est-ce qu'une respiration juste ?

Dans l'Ecole du Dévoilement de la voix, l'élève va découvrir une respiration étendue au-delà du petit système respiratoire jusque dans le subtile aérien: l'écume de l'air. Comme la vague est formée de trois niveaux- sa profondeur, sa masse et son écume- ainsi l'air porte en lui sa partie basse, médiane et subtile. Pour faire cette rencontre avec la respiration juste, l'élève devra oublier toute sorte d'exercices de mécanique respiratoire le contraignant dans l'espace réduit de la petite respiration afin de pouvoir retrouver une respiration non provoquée, non contrôlée, mais libre et vaste.


(...)

Dans un monde où l'on respire mal quotidiennement, comment parvenir à réintroduire la respiration dans son geste juste ?

(...)

Le mouvement respiratoire juste a son ancrage dans la région du plexus solaire liée aux muscles du diaphragme dont les pieds s'enracinent sur nos vertèbres, et lié aux muscles du ventre. Une respiration qui ne cherche qu'à remplir les poumons déplace, selon Madame Werbeck, le centre unitaire de la grande respiration et ainsi la fragmente.

(...)

Le chantant s'élève et cultive le jardin de son âme d'où jaillit la fleur de vérité, la fleur de bonté et la fleur de paix, jardin sans enclos, lieu pour lui d'exercices de' conscience. Lieu d'expérience. C'est plus justement qu'il se nourrira des dons de la terre, de l'air, de l'eau et des impressions de ses sens, précieux outils de son humanité. Enfin, il est libre parce qu'il est capable de choisir.

Heureux celui qui a reçu et celui qui recevra l'illumination du chant.


Monographie disponible uniquement par correspondance

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