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DÜRCKHEIM Auteurs : Rachel et Alphonse GOETTMANN Éditeur : Dervy-Livres
AU
TOURNANT DE CE SIÈCLE, UN TÉMOIN DE LA VIE KARLFRIED GRAF
DÜRCKHEIM Le monde aujourd'hui est vide de sages et, s'il en existe, ils n'écrivent guère. Graf Dürckheim, lui, a beaucoup écrit, non pas à cause de sa sagesse, mais parce que l'écriture était l'un de ses lieux d'accouchement. Il a sondé l'Orient et l'Occident, s'est laissé lentement féconder par les plus antiques traditions, sans jamais faire de plagiat ni de syncrétisme, ces plaies de notre temps. Mais s'ouvrant au Verbe par l'exercice de la parole et simultanément à l'Esprit par la fidélité à l'expérience, les entrailles de la sagesse se sont ouvertes peu à peu à lui. Dürckheim est-il un sage ou un maître ? C'est une fausse question... On ne l'est pas en soi ou pour soi, mais pour les autres. Or nombreux sont ceux qui, à travers ce dernier demi-siècle, ont trouvé la vie dans ce petit hameau de Russe en Forêt Noire. L'Ancien les a engendrés... Mais on peut dire que Dürckheim a un tout autre impact sur l'histoire que d'engendrer de-ci de-là un disciple et de disparaître un jour sans laisser beaucoup de traces ! En Occident, il est, avec quelques autres, le géniteur d'une nouvelle manière de penser et de vivre, qui est ni plus ni moins celle que le Christ est venu révéler à l'humanité et qui se perd dans un lent glissement, consommé par l'avènement de la théologie scolastique au Moyen Âge et plus tard par la raison raisonnante de la Renaissance. « Connaître » ne signifiera plus alors re-naître grâce au contact avec l'Erre que l'on écoute et qui transforme, mais penser, objectiver, séparer, distinguer... Le sommet de cette inculture sera « l'aphorisme » de Descartes : « Je pense donc je suis ! » D'où la progressive disparition de l'expérience spirituelle, hormis chez les saints qui, pour cette raison, ont toujours été en conflit avec le système... La théologie, au lieu d'être la description d'une expérience faite et invitation à en faire autant, comme c'est le cas chez les Pères (2), devient interprétation de textes, spéculation (« théologie spéculative », le mot est bien choisi!), exégèse... matière à diplômes au lieu de matière à sainteté... Or, nous rappellent les Pères avec force, « la seule pensée sur Dieu nous empêche de le rencontrer » ! Est-ce
un hasard si le Nouveau Testament, « la plénitude des temps
», s'ouvre par la décapitation de Jean-Baptiste ? Tel ce
précurseur, Dürckheim, à l'aube d'un gigantesque tournant
de l'histoire, met « la cognée à la racine de l'arbre
» (3). Le retournement ne peut se faire que vers le Centre incandescent
de l'Histoire universelle et de l'histoire la plus intérieure et
personnelle de chacun : Jésus-Christ. Et l'Église ne sera
rien d'autre que la Communauté de ses disciples, la matrice de
cette nouvelle manière de penser et de vivre, dont l'Évangile
est la plus pure expression. Voilà de quoi Dürckheim est l'un
des pionniers, sans toujours le savoir..., mais nous sommes nombreux à
le vivre ainsi.C'est
le lot des prophètes que « d'arracher et d'abattre, de bâtir
et de planter » (4), sans connaître la satisfaction d'en voir
tous les accomplissements... Dans
la Bible chacun a son verset, auprès d'un maître chacun reçoit
son conseil. C'est la méthode même de l'aphorisme que nous
présentons dans ce livre. Il ne s'agit pas d'un recueil de belles
pensées, mais d'un outil de « percée vers l'être
»... Tout Dürckheim est dans chaque aphorisme, comme le tout
est dans la partie. Et son originalité ici se manifeste plus que
jamais non comme un maître à croire, mais comme un maître
à vivre... (1)
Bible : Proverbes 4.
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