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Bibliographie
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| GUIDE
SPIRITUEL Auteurs : Anne DUCROCQ Éditeur : Albin-Michel Trois jours de prière du cœur "
Prier pour les hommes veut dire donner son propre cœur " J'ai longtemps cru que pour pratiquer la méditation il fallait aller chercher du côté de l'Orient et que le. chrétiens n'avaient pas de tradition d'assise. C'était oublier un peu vite que Jésus et après lui les Pères de l'Église viennent d'Orient, mais aussi méconnaître l'une des perles précieuses de l'Église primitive, la prière du cœur. Peut-être le secret est-il gardé pour n'être offert qu'aux cœurs qui appellent en vérité... Il y a quinze ans, jeune femme en souffrance et bap-tisée en révolte, j'avais pris le large avec l'institution catholique romaine et m'étais tournée vers la méditation vipassana. Ce n'était pas tant le bouddhisme qui m'attirait que la pratique. Cela transforma mon regard spirituel. Au bout de plusieurs années, c'est pourtant en un instant fulgurant que je sentis que j'arrivais au bout de l'expérience : un soir d'hiver, pendant un stage dans la campagne près d'Auxerre, je compris que cette méditation sur les sensations manquait de quelque chose qui m'était subitement vital, une Présence. Je
ne pouvais plus, ne voulais plus méditer sur un corps inhabité
! Mon cri était simple : je voulais conserver l'assise, mais je
voulais retrouver Jésus. Je me suis alors souvenue d'un livre bleu
très marquant que j'avais lu en sortant de l'adolescence, Les Prophètes
d'aujourd'hui. Les époux Cartier y parlaient avec enthousiasme
de Béthanie, une communauté orthodoxe qui proposait une
méditation chrétienne. Ma route passait désormais
par là. 19h45.
Nous sommes une petite vingtaine, un peu intimidés, à nous
retrouver dans la salle à manger sous l'icône de l'enfant
prodigue. « Seigneur, bénis ce repas, ceux qui l'ont préparé,
ceux qui vont le partager, sois notre hôte. » D'emblée
Rachel inscrit la session «Prière du cœur» dans
un temps à vivre en conscience : « Réglons nos montres
pour avoir la même heure. Le temps est sacré, le mien et
celui de mon frère. Je vous demande par ailleurs, pendant ces trois
jours,
d'être les serviteurs les uns des autres. Nous mettrons
la table et ferons la vaisselle ensemble. Rien ne nous est dû. Aussi,
tout ce que nous ferons, nous essaierons de le faire dans la reconnaissance
pour ce qui est donné... » Ici, chaque geste est une occasion
de bénir parce que tout, absolument tout, habité par la
prière de Jésus, devient buisson ardent. À 21 heures,
nous avons rendez-vous dans la salle de méditation. Entrer dans la prière de Jésus ce n'est pas dire des mots, c'est devenir prière, c'est, jour et nuit, être blotti, fondu, en elle. Nous allons nous plonger dans le Nom avec notre corps car, lorsque Dieu a voulu rencontrer l'homme, Il a pris un corps. Jésus nous invite à l'expérience, pas à des cours de théologie ! À Béthanie, nous considérons que le corps est temple et chemin et que la Prière de Jésus est la prière des prières », introduit le père Alphonse. À Béthanie le chemin tracé est clair et exigeant : on ne vient pas nourrir ses connaissances mais sa pratique ! Le lendemain, à 6h45, à l'instar des monastères ou nous sommes réveillés par la cloche ou le gong, c'est le violon de Guy-Antoine, un fidèle des lieux, qui nous tire des bras de Morphée. Matin après matin, comme dans un rêve qui se prolonge, avec son archer, il jouera Gershwin, Purcell ou Telemann, il ouvrira nos oreilles comme nous y invite inlassablement la Bible. «Chema Israël», «Écoute, Israël» (Deutéronome 6). L'écoute est l'attitude fondamentale du disciple qui pose une oreille sur l'instant afin d'y recevoir la volonté divine et de l'accomplir. Une demi-heure plus tard, comme dans tous les monastères chrétiens du monde, nous ouvrirons nos lèvres avec le chant des laudes. « On ne pratique pas des rituels en dehors de la vie. Tout notre être doit devenir liturgique, célébration... », nous précise Rachel. La chapelle est entièrement recouverte de fresques. Nous sommes dans une antichambre du ciel... Le corps et le cœur encore emplis des Psaumes, nous regagnons la salle de méditation où le père Alphonse nous initie à l'humble posture de la prière du cœur sur le petit banc de méditation. Être là, dans l'immobilité. C'est dans un silence palpable que nous nous dirigeons ensuite vers les tables du petit déjeuner. Les confiture viennent des arbres fruitiers du jardin et sont confectionnées, dans la prière, par les moniales. Je cède à la tentation de la troisième tartine... Après la vaisselle nous nous répartissons par équipe, ici pour ciseler du basilic, là pour éplucher des pommes de terre, équeuter des haricots... J'essaie de rester centrée, à l'inverse de ma vie si souvent dispersée. « Emportez la prière de Jésus partout avec vous. Prenez l'habitude de revenu à elle sans cesse. La verticale qui est en nous, l'Esprit peut se dire dans n'importe quel chantier extérieur » nous explique Rachel. Cette ruche en cuisine est aussi l'occasion de faire connaissance, de rire ou de partager quelques confidences sur notre vie intérieure. Cela change des conversations mondaines... À
9h30 précises, nous nous retrouvons dans la salle de méditation
avec Carole, une permanente de la communauté depuis trente ans.
Elle nous initiera tous les matins à la sagesse du corps pour se
préparer à accueillir la Présence, pour lui faire
offrande de notre propre corps. Nous dénouons nos tensions, des
pieds à la tête, pour inscrire le Nom dans un corps libén
et ouvert, conscient de notre double polarité, ancres à
la fois en terre et en ciel. Le chemin commence C'est ainsi qu'à 10 heures, le père Alphonse récupère des retraitants au corps léger ! L'heure de l'enseignement a sonné. Cette alternance harmonieuse entre la sagesse du corps, la parole transmise par les Pères de l'Église, l'assise silencieuse et les offices est l'une des forces du lieu. Tout au long de la journée, nous sommes nourris corps, âme et esprit. Parole et expérience ne cessent de s'entremêler, de se rejoindre dans une étreinte amoureuse. C'est l'homme tout entier qui est appelé à être sauvé. Pour le premier jour, le père Alphonse n'y va pas par quatre chemins. Il nous pose la parabole de la source et du ruisseau. « Contrairement à ce que l'on a tendance à penser, la source n'est pas dans la montagne elle est constamment dans le ruisseau. Contemplant le ruisseau, je contemple la source. Ils sont l'un dans l'autre, sans confusion, comme le feu est dans le fer. Qu'advient-il d'un ruisseau qui voudrait prendre son indépendance par rapport à la source ? Cela devient une eau croupie, une eau morte. Ainsi en est-il de nous qui, dans notre volonté farouche d'indépendance, avons voulu nous séparer de Dieu. En rompant avec la source, nous avons brisé un lien ontologique. Si nous sommes là, en session, c'est parce que nous sommes des mares à canards, parce que l'Être hurle en nous le lien perdu. Ayant mis Dieu à l'extérieur, nous le prions à l'extérieur. C'est un Dieu lointain, exilé derrière les nuages, un Dieu moral qui n'exauce pas les prières que je Lui adresse. C'est normal, ce Dieu-là n'existe pas ! Nous allons prendre le chemin du Dieu véritable, dans Lequel nous baignons, un Dieu qui, loin d'être un gendarme qui compte les péchés, respecte notre liberté à l'infini et est fou d'amour pour l'homme. Nous allons Le rejoindre à l'intérieur, au noyau de notre être, dans notre cœur. La prière de Jésus est un forage vers notre intériorité perdue. » Pour les sessionnistes qui viennent du bouddhisme et ils sont plusieurs ou qui, baptisés, ne pratiquent plus depuis des années, le discours est direct ! À 11 heures, nous rejoignons Rachel dans la salle de méditation. Sur mes lèvres, qui ont prononcé tant d'insanités, qui ont retenu tant de mots d'amour, je pose le Saint Nom. Il sera le chemin de ma transformation, de ma transfiguration. Pendant une heure, ensemble, nous manduquons la prière de Jésus à haute voix. Dans l'étape suivante, demain, nous la visualiserons. « Goûtez et voyez », propose le Christ a ses disciples. Enfin, le troisième jour, nous la grefferons sur le souffle. Jour après jour, heure après heure à force de répéter le Saint Nom et de chercher à entrer en synergie avec la grâce, je sens l'Esprit se mettre en route, le Verbe devenir chair en moi. « Un jour, le cœur de l'homme, le ciel dans l'homme, s'ouvre... », promet le père Alphonse. Il poursuit : « L'homme est en devenir, comme le gland est la promesse du chêne. Prendre le chemin, c'est prendre les moyens de devenir homme. Sinon, nous restons une réalité psychobiologique, nous mourons sans être nés, sans avoir vu le jour. Cela « décape » mais, après tout, c'est bien la croyante convenue et tiède que je suis venue déposer ici... Après le déjeuner, break jusqu'à 15 heures. Ce n'est pas du luxe. Entre le réveil matinal et tout ce que nous avons déjà reçu ce matin, je sens que je dois faire reposer mes sensations et mes pensées qui de bordent. Comme le disait Karl Graf Dürckheim, dont le père Alphonse a été un disciple pendant vingt ans « si vous ne voulez pas pratiquer sans cesse, ce n'est pas la peine de commencer ». « L'amateurisme ne mène nulle part. On n'obtient rien sans régularité commente le père Alphonse. Je sens que la décision à prendre va engager tout mon être et cela m'effraie Je pose la prière de Jésus sur mes lèvres et je plonge dans une sieste réparatrice. À mon réveil, je marche jusqu'au petit étang avant d'aller prier quelques minutes dans l'ermitage en contrebas. On redémarre l'après-midi en douceur, à nouveau avec le corps. À Béthanie, on ne perd jamais contact avec lui. On libère nos organes, on lâche nos peurs, nos angoisses, nos colères, nos refus de pardonner, de donner... Ce travail d'harmonisation et de relaxation est primordial : nous nous libérons ainsi progressivement de tout ce qui nous empêche de devenir prière. Nous lui faisons de la place... Puis, allongés, le corps enfin prêt à accueillir la prière de Jésus, on pose le Saint Nom sur nos pieds, nos mains, nos entrailles, notre gorge, notre visage. « Il n'est rien où l'on ne puisse, où l'on ne doive poser le Nom », nous dit Rachel. La prière s'inscrit sur ma peau, dans ma peau... Comme un « sceau sur mon cœur », dit le Cantique des Cantiques. Ainsi, les mots de la prière ne seront bientôt plus des mots, ils seront incorporés à tout mon corps, inscrits dans la moindre de mes cellules. Le père Alphonse nous invite ensuite à prendre la posture sur notre petit banc. Je m'incline en appelant le Saint Esprit avant de rejoindre les mystères du souffle, au plus intime de moi-même. J'inspire le souffle de Dieu qui se donne, il me suscite à la vie. Chaque inspiration est une Visitation... J'expire, je laisse circuler l'haleine divine en moi, je me donne, je m'abandonne. Dans cette réciprocité se trouve la vie. J'épouse la respiration de l'intérieur... Nous prenons le temps de quelques questions/réponses avant de prendre une petite demi-heure pour goûter. «
Notre seul travail est de nous ouvrir à l'inouï de la Présence
qui nous habite. Et la seule manière de s'ouvrir, c'est de sentir.
» De fait, la journée est de plus en plus dense, comme si,
peu à peu, je prenais conscience de la Présence tapie derrière
chaque instant, chaque parole, chaque geste. Je pressens qu'il en va de
ma responsabilité de ne plus l'ignorer... « Seigneur Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur. » Demain et après-demain, il cherchera ses résonances dans la Bible ou dans les écrits des Pères du désert. Redonner leur poids aux mots, redonner sa profondeur à chaque instant vécu. A 18 heures, nous quittons la Parole pour rejoindre l'expérience. Sur le banc, en cercle autour de l'icône du Christ, nous nous inclinons... et prenons la direction de l'unique nécessaire. « Chaque respiration fait du souffle le porteur du Nom qui fait croître l'homme de l'image vers la ressemblance. Chaque inspir est une montée vers la lumière, chaque expir une descente dans les profondeurs. Vous allez vous éveiller à votre propre mystère. La prière de Jésus opère des miracles. En particulier, posée sur les autres, elle transfigure nos relations. Au lieu de rester dans un petit regard qui ne voit que l'extériorité et qui juge, on perce la carapace des choses, notre regard est transfiguré, l'invisible devient visible », nous rappelle le père Alphonse. Les vêpres sonnent. Je chante en chœur, je chante en cœur. Chanter, c'est chercher à s'accorder au chant du monde. « Nous devons retrouver notre nature profonde qui est jubilation. Chanter n'est pas différent de méditer. Partout où l'on incante, la Parole se dit », commente Rachel. Le dîner est servi. Demain, nous célébrerons l'Assomption de la Vierge. Quelle belle coïncidence ! Rachel conclut la journée : « La meilleure façon de dire la prière de Jésus, c'est de demander à Marie de la dire en nous. L'assise contemplative est une attitude typiquement mariale, en coupe. Demandons-lui d'être la mère de notre prière »...
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