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LE SECRET DE L'INSTANT PRESENT

(Extrait du livre La joie)

Avec le Christ-Dieu, l'éternité est entrée dans le temps.

Vivre pleinement l'instant c'est se situer au point absolu du croisement de l'une et de l'autre. L'éternité ne se donne qu'à celui qui se rend totalement présent au présent. Pour lui, le passé et l'avenir ne sont que des tombeaux qui arrachent la Vie à la vie, des lieux d'absence et de ténèbres. Sa joie et son action de grâce ont racheté le temps de la désintégration et de l'empire de la mort. Chronos, le dieu du temps de la mythologie grecque, ce grand dévoreur des peuples, selon l'expression des Pères, ne possède plus l'homme, car, quand celui-ci se met à chanter, il introduit dans le temps la plus grande des alchimies. Le temps se transforme en chambre nuptiale où tous les contraires s'allient dans une même et unique Volonté. Puisque le Christ c'est l'Éternel fait temps, le temps dans son instantanéité est le lieu du rendez-vous entre Dieu et l'homme, le lieu de l'amour vécu et de la réciprocité divino-humaine. Ainsi le Christ abolit définitivement l'opposition entre l'éternité et le temps, révélant au contraire que le temps est le reflet de la Vie divine comme communion de personnes et comme possibilité offerte de l'abandon et de l'amour... Le Christ, en entrant dans le temps par une attitude de total et libre abandon, inverse l'instant du vide suprême en suprême plénitude, qui éclatera dans la Résurrection 6.

Le Chemin vient donc à moi par le temps et je ne le quitte pas une seconde, puisque le temps est ma vie. Si l'événement est le point d'impact où le mystère de la Volonté divine se révèle à moi, l'exercice qui me permettra de la rejoindre et de l'accueillir avec amour, c'est l'instant présent. Il est seul la charnière unifiante entre ma vie intérieure en Dieu et les mille choses que j'accomplis à l'extérieur. Par là, la succession infinie des instants trouve une continuité immuable, une densité, qui signifie que l'Éternel est à fleur du temps.
Il faut pour cela une concentration totale et constante, non volontariste et détendue, une offrande de notre être tout entier, une écoute sans faille pour percevoir dans notre désir et dans notre volonté l'impulsion divine, jusqu'à ce que nous l'acceptions comme notre seul motif de vivre et d'agir. C'est la condition première de tout progrès. Mais cet effort est sans effort, car la Félicité infinie et universelle se manifeste, immanente, enveloppante, pénétrant tout. Alors passant toute notre vie comme une fête, persuadés que Dieu est toujours partout, nous labourons en chantant, nous naviguons au chant des hymnes, nous nous conduisons en tout comme des citoyens des cieux. Le parfait rapporte constamment à Dieu le légitime usage de toutes choses.

 

 
 
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