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Notre
vocation profonde
(Extrait du livre La joie)
Si
nous pouvons dire tout cela en toute objectivité et surtout l'expérimenter,
c'est parce que avec le Christ le Royaume de Dieu est arrivé (in
12, 13). En Lui se trouvent cachés tous les trésors de la
sagesse et de la connaissance (Col 2, 3). Il est en personne l'expression
de la Gloire de Dieu et de sa glorification dans toute sa vie, par chacun
de ses gestes et par chacune de ses paroles, jusqu'au coeur de la souffrance
et de la mort, le plus tragique devient une bénédiction
de Dieu par sa Présence.
Maintenant le Fils de l'homme a été glorifié et Dieu
a été glorifié en Lui. Si Dieu a été
glorifié en Lui, Dieu aussi le glorifiera en Lui-même et
c'est aussitôt qu'Il le glorifiera (in 13, 31-32).
Ici on voit que le don de soi jusqu'au sacrifice total de sa vie est la
bénédiction suprême, sacrifice de louange (He 13,
15).
Aussi cette manière d'être, à laquelle rien n'échappe,
le Christ la transmet à ses disciples dans son dernier geste avant
de quitter sa présence visible sur la terre : Il leva les mains
pour les bénir et se sépara d'eux (Lc 24, 50). Le disciple,
c'est-à-dire le baptisé, est donc porteur de cette bénédiction.
Cela veut dire que nous sommes appelés à bénir, à
offrir à d'autres ce que nous portons, c'est-à-dire annoncer
à ceux qui nous entourent des paroles qui font du bien (bene dicere
: « dire du bien »), qui communiquent l'amour dont Dieu les
aime. C'est précisément ce que saint Pierre nous dit dans
sa première lettre (3, 9).
Ne rendez pas mal pour mal, ni injure pour injure; bénissez au
contraire, car c'est à cela que vous avez été appelés,
afin d'hériter aussi la bénédiction.
N'oublions pas que ces paroles ont été adressées
à des chrétiens en pleine persécution, vivant des
situations dramatiques. En cela saint Pierre ne fait que témoigner
lui-même de la parole du Christ dont il est le porteur.
Bénissez vos ennemis, aimez-les !
Il s'agit là d'un commandement qui n'est pas facultatif ! Si nous
sommes « appelés » à bénir, c'est que
là se trouve notre vocation profonde. Nous entrons avec le Christ
dans sa mission rédemptrice : lorsque nous bénissons, il
y a une libération qui s'opère dans les lieux célestes.
Ce que Dieu a en réserve pour la personne bénie devient
efficace. C'est comme si la bénédiction faisait une brèche
dans la masse des malédictions qui repose sur nos têtes et
permettait à Dieu d'agir. Toutes les paroles négatives,
les critiques, les jugements qui ont été dits à notre
égard nous retiennent prisonniers. En bénissant nous opérons
un acte de libération.
La bénédiction est donc une arme redoutable, car c'est une
parole d'amour et de restauration qui vient directement du Christ Sauveur
sur la personne que nous bénissons et cette parole est irrévocable.
D'autre part, lorsque nous bénissons, notre regard sur l'autre
change. Nous recevons la Lumière de Dieu et nous le voyons tel
que Dieu le voit, avec en lui le ferment de la résurrection. Bénir
ainsi, c'est transmettre la Vie, la Vie Divine circule de moi à
l'autre, mais aussi de l'autre à moi : il y a une formidable réciprocité
dans la bénédiction !
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