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DIEU
EN SON JARDIN
(Extraits)
Auteurs :
Jean Marie PELT, Rachel et Alphonse GOETTMANN
Éditeur : Desclée de Brouwer
" La sagesse
est l'affaire des vieillards "
(Jb 12,12)
Alphonse & Rachel Goettmann : Notre amitié
profonde, déjà ancienne, a son origine dans une anecdote
peu commune. Un jour, vers minuit, alors que nous étions dans le
premier sommeil, le téléphone sonne : "Je viens de
terminer la lecture de votre livre sur Graf Dürckheim qui m'a retourné
et je voudrais vous rencontrer rapidement' ", dit une voix comme
pressée par l'urgence. C'était vous, Jean-Marie Pelt, et
c'est ainsi que le lendemain, nous étions en tête à
tête ; notre échange n'a plus jamais cessé depuis.
Nous vous connaissions de réputation à travers les médias,
en particulier ces admirables émissions et livres où le
scientifique que vous êtes a su mettre à la portée
de chacun les problèmes parfois difficiles de l'écologie
et l'éveiller à sa responsabilité personnelle. Comme
nul autre, vous avez montré la place de l'homme dans l'univers
et son lien substantiel avec l'ensemble de la création, la beauté
mystérieuse et unique à chaque être jusqu'au plus
petit champignon qui se cache sous un arbre. En vous écoutant et
en vous lisant, vous nous entraînez dans votre propre émerveillement
et on se laisse vite posséder par la même passion. Cette
unité si profonde chez vous entre l'intellect et le coeur, la science
et l'expérience émotionnelle est frappante. C'est sans doute
cela qui touche le plus ceux qui vous approchent, car il y a au fond de
chacun la nostalgie de cette réalité perdue. Dans ce dialogue
que nous allons entreprendre avec vous, nous aimerions vous rencontrer
dans cette autre profondeur, celle qui est toujours à l'arrière-plan
de votre pensée et de votre parole, celle qui en est à chaque
moment la source secrète. Nous n'allons donc pas parler d'écologie,
des plantes, des problèmes de notre temps et de vos sujets favoris
qui sont bien traités dans vos nombreux livres, mais de qui est
Jean-Marie Pelt, et d'abord où et comment votre vie a-t-elle pris
son orientation fondamentale. Peut-on détecter un germe premier?
Jean-Marie
Pelt : Depuis
ce coup de téléphone de 1982 j'ai dû beaucoup changer
car il ne me viendrait plus à l'idée de réveiller
des gens que je ne connais pas à minuit ! Mais c'était l'enthousiasme.
J'avais été vraiment bouleversé par ce livre, ébloui
par ce que j'y avais trouvé, et qui correspondait à ce que
je cherchais intuitivement depuis des années. Un livre sur la vie,
sur l'art de l'apprivoiser, de l'épouser, de faire avec. Pas seulement
des règles de conduite sèches, des principes immuables,
des lois générales, intangibles. Tout cela la religion me
l'avait donné pendant toute mon enfance, toute mon adolescence,
et toute la première partie de ma vie. Dieu sait que l'on savait
ce qui était permis et ce qui ne l'était pas. Mais je sentais
bien que cela ne fonctionne pas tout à fait comme ça, que
chaque être est unique, que chaque vie suit un itinéraire
qui lui est propre, à nul autre pareil. Je savais depuis longtemps
qu'on ne pouvait enrégimenter la vie, si mouvante, si secrète,
si imprévisible, si mystérieuse dans son étonnante
diversité. C'est tout cela que j'avais trouvé dans ce livre
où la vie nous est révélée pour ce qu'elle
est: un chemin initiatique. J'y découvrais la pensée de
Graf Dürckheim si peu connu en France. J'ai lu ensuite tous ses livres.
J'avais trouvé un maître spirituel.
Rachel : Si vous avez été si
sensible à cet aspect de la vie traité dans ce livre, c'est
parce que, justement, une certaine aspiration demeure en vous et que quelque
chose vous poussait à la retrouver. Où est-ce que cela se
niche dans les commencements? Quand est-ce qu'il y a, dans votre vie,
une première culbute vers une orientation plus fondamentale, plus
personnelle, une espèce de germe, comme on le disait tout à
l'heure?
Jean-Marie : Ce germe est là dès
l'origine. Aussi loin que je remonte dans le passé, je n'arrive
pas à voir dans mon enfance, ni dans mon adolescence des discontinuités.
Il y a eu très tôt une puissante attirance vers le divin
qui s'est d'ailleurs christianisée par la suite. Au début,
c'était plutôt le " Père Tout-Puissant ".
J'éprouvais en même temps un attrait très fort pour
la nature. Durant toute ma petite enfance, je vivais immergé dans
le jardin de mon grand-père où je filais dès la sortie
de l'école maternelle ; c'était, dans le sens écologique
du terme, mon premier milieu de vie. J'avais trois ans. J'aidais grand-père
à planter, à semer, à tirer le cordeau ; je lui passais
les instruments. J'étais très affairé : je comptais
les jours pour savoir quand les carottes allaient sortir : " Ah !
les voilà qui pointent ! " Les petits pois allaient sortir
aussi ; ils ne sortaient pas comme les haricots, parce que quand le petit
pois sort, ce sont ses deux petites feuilles qui sortent et le petit pois
reste dans la terre, tandis que le haricot sort de terre avec ses deux
petites feuilles. Mon grand-père m'expliquait tout cela. J'étais
très attentif. Et puis, il y avait l'église où j'allais
avec grand-père. Nous ne manquions pas un seul office. Le souvenir
que je garde de cette petite enfance, c'est l'idée d'une formidable
cohérence, une cohérence que le monde a complètement
perdue. Je n'y trouve plus de cohérence nulle part ! Moi j'ai vraiment
été élevé tout petit dans une cohérence
formidable entre le Créateur et la création, Dieu et la
nature au coeur d'une petite famille chaleureuse dont j'étais,
hélas, l'enfant unique. Tout cela, c'était complètement
cohérent, harmonieux.
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