| Centre de Rencontres
Spirituelles Prieuré Notre-Dame et St-Thiébault 57680 GORZE Tel.03 87 52 02 28 (de 10h à 12h et de 15h à 18h sauf le dimanche et le mercredi) Fax 03 87 69 91 79 E-mail : centre.bethanie@wanadoo.fr Site web: www.centre-bethanie.org |
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Gorze, janvier 2005
Chers Amis,
Le 24 décembre, c’était la nuit la plus longue de l’année
; au solstice de l’hiver, les ténèbres nous envahissent.
Au cœur même de ces ténèbres, en leur centre le plus
intime, puisque c’est à minuit : la naissance du Christ ! Désormais
nous le savons : toutes nos nuits, tout ce qui est sombre en notre vie, nos
problèmes et jusqu’au moindre souci, mais surtout nos souffrances
si obscures, portent en leur profondeur un secret mystère. C’est
la Lumière du Christ ! Elle éclaire tout homme, dit saint Jean,
et de sa plénitude nous avons tous reçu grâce pour grâce
(Jn 1,5,9 et 16). De là découle, depuis l’Incarnation du
Verbe à Noël, un véritable style de vie, une manière
d’être radicalement nouvelle : s’exposer, non aux ténèbres
ou à nos problèmes et souffrances, mais à Celui qui y est
descendu. Ne pas se laisser emprisonner par ce qui est négatif, mais
se laisser irradier par la Présence et la Lumière du Christ. Ceux
qui persévèrent dans cette attitude, et la renouvellent souvent
au cours de la journée, savent qu’elle contient la réponse
à tous nos tourments !
Nous voulions encore une fois partager avec vous cette extraordinaire «
Bonne Nouvelle » de notre libération en ce début d’année,
car quel vœu peut être plus grand que celui-là ? Avec lui,
nous avons vraiment l’audace de croire que votre année sera profondément
« heureuse » !
Mais ce n’est pas tout…Pour que cet événement inouï
de Noël prenne racine dans nos consciences et nos cœurs, il a fallu
qu’il se déploie dans toute l’ampleur de son mystère
à travers les trois grandes théophanies que nous avons célébrées
durant les premiers dimanches du mois de janvier. On peut donc dire que toute
l’année trouve ici son ancrage et que le temps qui va s’écouler
peut puiser en cette Source sa dimension d’éternité. Ce
n’est qu’à cette condition d’ailleurs que Noël,
c'est-à-dire la naissance du Christ en nous, sera la fête de tous
les jours.
La première grande théophanie, c’est la manifestation de
Jésus aux trois Mages. A travers eux, la « Bonne Nouvelle »
qu’est l’Evangile, est proclamée à toutes les nations.
Le Messie ne vient pas seulement pour les Juifs, mais pour tous les hommes sans
distinction. Les trois Mages récapitulent toute l’humanité,
toutes les Traditions sans Dieu ou en recherche de Dieu à travers les
éléments du monde : l’or, l’encens et la myrrhe. C’est
le chemin long de toutes les Traditions. Elles sont toutes humaines comme la
myrrhe, royales comme l’or et divines comme l’encens. Les méandres
de leur cheminement peuvent être longs, mais si leur recherche est humble
et leur question sincère : « Où est le Roi des Juifs ? »,
alors l’astre qui passionne leur vie se manifestera un jour comme «
le Soleil de Justice » et l’hommage de leur quête deviendra
adoration vivante. Que cherchez-vous ? demandera le Christ à ses premiers
disciples (Jn 1,38). Tout est là, en effet. Quels sont les motifs qui
m’animent à chaque instant ? Quelle est l’étoile qui
illumine mon ciel intérieur ?
La deuxième théophanie, c’est le baptême de Jésus
dans les eaux du Jourdain. En descendant physiquement dans l’eau, le Créateur
s’immerge dans la matière et sanctifie tout l’univers. Tout
s’imprègne de sa Présence, le cosmos tout entier est appelé
à être transfiguré. Le monde minéral n’est
pas de pierre, mais rempli d’Esprit ; à travers chaque brin d’herbe
Dieu me dit : « Je suis là et je t’aime » ; toute beauté
qui me touche est l’expérience de ce Buisson Ardent intérieur
à tout et m’invite à une relation vivante…C’est
cela le sens du ciel qui s’ouvre sous les yeux stupéfaits de Jean-Baptiste.
Il entend la voix du Père et voit descendre l’Esprit sur le Christ
plongé dans les eaux. Révélation suprême du Dieu
trois fois saint au cœur de toute chose ; le ciel, c’est la profondeur
de tout ce qui existe, le fond de toute chose est Amour. Nous chantons à
juste titre : « Toi qui es partout présent et qui remplis tout
… !». Par notre baptême, nous avons en permanence la grâce
de vivre « à ciel ouvert »…
La troisième théophanie, ce sont les noces de Cana en Galilée,
où Jésus manifeste pour la première fois sa gloire de Messie.
On retrouve ici le rôle primordial, normatif, de Marie : Ils n’ont
plus de vin, dit-elle et fait remarquer ce manque fondamental d’une vie
plate, sans saveur, où toute ivresse mystique est tragiquement absente.
Mais en même temps, elle donne la vraie clé pour faire muter le
quotidien en une toute autre dimension : Faites tout ce qu’Il vous dira.
Alors Jésus transforme l’eau en vin et ouvre par là les
temps messianiques annoncés par les prophètes : c’est son
« Heure » qui culminera au Golgotha, où Il transformera ce
vin en son propre sang et ce sang en feu de l’Esprit qui remplit tout.
Le Christ est l’Amour incarné, ce qu’Il nous dit de faire
c’est d’aimer. Il ne peut rien dire d’autre ! Or « aimer
», c’est la clé de toute transformation. Seul l’amour
ouvre l’instant présent sur l’Au-delà, troue l’absurde
et le néant, arrache le quotidien à ses limites et nous fait découvrir
que la vie est une noce, une alliance avec l’Eternel au cœur du temps.
Exerçons-nous à ce tressaillement de joie inconnue qui sourd pourtant
au fond de nous et entrons, ne serait-ce qu’un peu, dans ce vacillement
d’ivrogne fou…car, pour celui qui aime, les promesses du Messie
se réalisent !
Avec toute notre affection, à bientôt
Père Alphonse et Rachel
• Prière de saint Syméon le Nouveau Théologien (XI°siècle)
C’est Toi le Royaume des cieux, c’est Toi, ô Christ, la terre
promise aux doux,
Toi la prairie du paradis, Toi la salle du banquet divin,
Toi la chambre des noces ineffables, Toi la table ouverte à tous,
Toi le pain de vie, Toi le breuvage inouï,
Toi à la fois l’urne pour l’eau et l’eau de la vie,
Toi encore la lampe inextinguible pour chacun des saints,
Toi le vêtement et la couronne, et celui qui distribue les couronnes,
Toi la joie et le repos, Toi les délices et la gloire,
Toi l’allégresse, Toi la félicité ;
et ta grâce, ô mon Dieu, brillera comme le soleil, grâce de
l’Esprit de toute sainteté.
• Texte d’un Père à méditer :
De l’expérience spirituelle dépendent la modification radicale
de l’homme et l’avenir du monde.
Père Thomas Merton (XX°siècle)
• Sessions en cours à Béthanie :
-Les 5 et 6 février : « L’étonnante pratique de la louange ». La louange, l’action de grâce est la clé proposée par l’Evangile lui-même pour une autre vie possible, dans la joie et la liberté intérieures.
-Du 11 au 15 février : « Prière de Jésus : Prière
du Cœur ». La répétition du Saint Nom est à
la racine de l’antique Tradition biblique et patristique. Elle est le
bâton de pèlerin des pauvres et se pratique à chaque moment
pour transformer le « faire » en « être ».
-Les 19 et 20 février avec Bertrand Vergely sur le thème de «
l’émerveillement ». Quand un philosophe vraiment «
branché » traite un thème aussi central on n’en sort
pas indemne !
-Les 26 et 27 février avec le Père Francis Dekeyser sur « L’art d’être dans l’instant ». La vigilance est le nerf de toute vie spirituelle. C’est un vrai combat, mais le corps nous en offre la victoire.
• Information :
Nous nous réjouissons avec tous à cause de l’extraordinaire solidarité humaine qui s’est manifestée autour du cataclysme indonésien. Il y a des ressources inouïes dans le cœur de l’homme et cela allume une grande Lumière au milieu des ténèbres de notre histoire. Mais, comme nous l’avons dit dans la lettre plus haut, il serait tragique que cette Lumière ne fasse pas son chemin en chacun de nous pour nous transformer. En effet, l’homme est un « microcosme », disent les Pères, il contient le cosmos tout entier et se trouve dans une unité inséparable avec lui. La conclusion est alors claire : ce qui arrive à l’homme arrivera à la nature. Si l’homme est divisé, décentré, sans vie spirituelle, c’est-à- dire sans aucune référence au Créateur, ne vivant que de violences et de guerres…la nature se révolte, se met en colère, tremble et nous fait des caprices climatiques. La plus haute urgence, si nous voulons transformer le monde, c’est de commencer par la transformation de nous-mêmes. Là, chacun est vraiment responsable. Aujourd’hui, pas seulement les mystiques, mais des scientifiques, comme par exemple Masaru Emoto, le prouvent (voir son livre « Messages sur l’eau »).