Centre de Rencontres Spirituelles
Prieuré Notre-Dame et St-Thiébault
57680 GORZE
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(de 10h à 12h et de 15h à 18h sauf le dimanche et le mercredi)
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Gorze, septembre 2005


Chers Amis,

La fête appelée « Exaltation de la Sainte Croix » illumine tout le mois de septembre par une atmosphère toute particulière.
Historiquement cette fête commémore la découverte de la Croix du Christ, enfouie sous terre depuis plus de trois siècles. C’est l’impératrice Hélène qui, lors d’un pèlerinage à Jérusalem, fit faire des fouilles sur le Golgotha, à l’endroit même de la crucifixion. On y trouva plusieurs croix. Mais comment reconnaître celle du Christ ? La Tradition rapporte qu’un cortège funèbre passant par là, on mit les croix en contact avec le défunt. Lorsqu’on toucha celui-ci avec la Croix du Christ, il se leva aussitôt, ressuscité !

La Croix, identifiée et attestée par ce miracle, fut élevée et dressée au-dessus du peuple, avec une cérémonie particulièrement solennelle. C’était en l’an 326. La fête se répandait très vite de l’Orient à l’Occident. Elle est célébrée avec grande pompe chez les Orthodoxes le 14 septembre. Après l’Evangile de la liturgie, le prêtre sort du Saint des Saints avec la croix de l’autel et se place au centre de l’église. Pendant que le chœur chante 400 fois le « Kyrie Eleison », le célébrant accomplit lentement la bénédiction des quatre points cardinaux. Son geste accompagne la puissance ascendante et descendante de ce chant prodigieux, en s’inclinant avec la croix jusqu’à terre comme s’il s’abîmait dans la mort du Christ, puis en se redressant, il lève la croix au plus haut, marquant ainsi la victoire de la résurrection.
Si le christianisme ouvre de cette façon l’année liturgique, cela veut dire que le temps trouve ses fondations dans la Croix, mais aussi son sens et son accomplissement. A la liturgie de la fête on chante : il n’y a pas d’autre Joie que la Croix. Quelle audace ! Et voilà pourquoi, au lieu de fuir la Croix et de s’en détourner en perdant ainsi sa vie, il faut l’exalter, la vivre intensément à chaque moment. Car elle est un chemin, l’unique Chemin, celui de l’Amour sans limites.

En dehors de la Croix et de la Résurrection, le monde ne serait que chaos. Par elles, au contraire, ce même monde devient « cosmos organique ». La Croix et la Résurrection sont désormais au centre de toutes les relations qui constituent le réel, puisqu’elles « récapitulent », comme dit saint Paul, c’est-à-dire ramènent sous une seule Tête, le Christ, ce qui était inorganique et désorganisé ! Ainsi le mystère der la Croix nous révèle du dedans ce qu’est la véritable mort, c’est-à-dire une relation brisée, une absence de lumière, un manque de communion, une rupture, un exil, un esclavage.

La Croix, donc, est l’Arbre de Vie planté au Golgotha, lieu du grand combat cosmique. Elle fait voir dans sa branche verticale la descente et la montée du Verbe, et c’est pourquoi, dans l’iconographie orthodoxe, le pied de la Croix s’enfonce dans une caverne noire où gît la tête d’Adam, c’est-à-dire dans l’enfer et la détresse humaine pour les relier au ciel. Dans son horizontale, la Croix est balance de justice qui crible tout, mais aussi embrasse tout d’un Amour infini grâce à la verticale qui ouvre une brèche d’éternité dans l’espace et le temps.

Mais où se vit cet Amour ? Nulle part ailleurs que dans l’instant présent. Tout le reste n’est qu’évasion et refus de la Croix, trahison : l’instant seul EST la Croix, le point de croisement de l’éternité et du temps. Mais cet instant c’est le Christ Lui-même, puisqu’Il est l’Eternité entrée dans le temps et donc, oh merveille, à chaque instant se manifeste à mon égard la plénitude de son Amour, car Il est suspendu à chaque instant comme à une croix, pour me sauver d’un présent qui, sans Lui, serait enférique.

La seule réponse de l’homme, de chacun de nous, c’est, comme dit saint Paul encore, de se laisser clouer sur la Croix du Christ, c’est-à-dire de communier à l’instant présent, totalement et tel qu’il est. Ce « Oui », que Marie nous épelle sous la Croix, nous sort de la distance, de l’éloignement qu’on appelle « péché ». L’Amour, c’est de devenir un avec la réalité, de s’ajuster à chaque instant comme le Christ s’est ajusté à sa Croix, au point qu’il n’y avait « plus l’épaisseur d’un cheveu » entre Lui et Elle. Le Christ nous demande d’aimer ce qui nous est le plus contraire, même l’ennemi .Une contrariété, une difficulté, une souffrance et tant de choses nous sont hostiles tous les jours : elle est là, notre croix ! L’aimer ne veut pas dire avoir de l’affection pour elle, cela est impossible et inutile. Il s’agit de devenir un avec elle en la bénissant. Aimer, c’est bénir, nous l’avons dit souvent dans nos Lettres. « Seigneur, sois béni dans cette difficulté, dans cet évènement ! » et le répéter sans cesse. Cela provoque d’abord un extraordinaire lâcher-prise et abandon, ce qui est le propre de la Croix, puis s’opère une percée car, en bénissant, on permet à Dieu d’être Dieu, le couvercle du quotidien se soulève sur une toute autre dimension et la souffrance se transfigure. La résurrection fait son œuvre. La Croix devient glorieuse…
Nous vous souhaitons de faire cette formidable découverte qui transforme notre vie de fond en comble…

Avec toute notre affection, à bientôt !

Père Alphonse et Rachel

• Prière:

Les étendards du Roi s’avancent,
La Croix dans son mystère brille ;
La vie y meurt dans les souffrances,
Et Sa mort produit la vie.

Le fer d’une lance cruelle,
Le perce et voilà qu’à longs traits,
L’eau, le sang, en source nouvelle,
Jaillit pour laver nos forfaits.

O Croix, salut, seule espérance !
En ce temps de l’Exaltation,
Donne aux bons grâce en surabondance,
Donne aux mauvais rémission.

Trinité source de bonheur,
Que tout esprit Te glorifie,
à nous que la Croix rend vainqueurs,
Accorde en plus le prix de vie, Amen ! Alleluia !

(Venance Fortunat, 6e siècle)
• Texte d’un Père à méditer :

Semblablement à la façon dont les quatre bras de la Croix se tiennent fermement et se lient solidement l’un à l’autre par le milieu-centre, de même c’est par le truchement de la Force divine que se tiennent la hauteur, la profondeur, la longueur et la largeur, c’est-à-dire en quelque sorte toute créature visible et invisible.

L’Arbre de Vie, plantée par Dieu dans le paradis, préfigurait la vénérable Croix. Car puisque la mort était entrée au moyen de l’Arbre, il convenait que ce soit au moyen de cet Arbre que la Vie et la Résurrection soient gratifiées.

C’est la mort du Christ, ou la Croix, qui nous a revêtus de la Sagesse et de la Force hypostatique de Dieu. Nous aussi, nous adorons l’image de la Croix vénérable et vivifiante, nous l’adorons et vénérons, non pas sa matière (Dieu nous en pré&serve), mais l’image comme symbole du Christ.

(Saint Jean Damascène, VII°siècle)

• Informations :

* Nos programmes qui recouvrent les saisons automne-hiver-printemps viennent de sortir. Au cas où vous ne les auriez pas reçus ou si vous en désirez davantage, n’hésitez pas à nous le faire savoir ! Merci de nous aider à leur diffusion !

* Comme chaque année aura lieu un week-end de « chantier », les 15 et 16 octobre. Beaucoup apprécient ces retrouvailles dans la convivialité, la prière et le travail manuel pour l’entretien intérieur et extérieur de Béthanie. Nous vous disons maintenant notre profonde reconnaissance pour votre aide !

* Le numéro d’automne de la revue « Le Chemin » est sorti.
Au sommaire :

- Pistes pour méditer d’Alphonse Goettmann
- Un évènement en Europe : la restauration du rite des Gaules de M. Kovalevsky
- Vers une écospiritualité de Michel-Maxime Egger
- Des créatures nouvelles de Marc Ménestret
- Ecriture de lumière de Frère Jean
- Le Malin : réalité ou fiction ? de Rachel Goettmann
- La Messe sur le Monde de Pierre Teilhard de Chardin


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