| Centre de Rencontres
Spirituelles Prieuré Notre-Dame et St-Thiébault 57680 GORZE Tel.03 87 52 02 28 (de 10h à 12h et de 15h à 18h sauf le dimanche et le mercredi) Fax 03 87 69 91 79 E-mail : centre.bethanie@wanadoo.fr Site web: www.centre-bethanie.org |
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Gorze, Mars 2007
Chers Amis,
Le Carême que nous vivons est une longue marche vers Pâques. Il
symbolise notre chemin qui est pour chacun un devenir de résurrection.
Et c’est pourquoi, il se termine par la fête où Lazare ressuscite,
la veille des Rameaux. Lisons et méditons ce texte : Jean 11, c’est
vraiment le thème majeur de l’Evangile.
En ouvrant cet Evangile, ne faisons pas de l’archéologie avec un
événement du passé définitivement révolu
! L’événement m’insère dans une tradition,
certes, mais celle-ci n’a qu’un but : me révéler qui
je suis et où je vais, moi, aujourd’hui. Alors rien ne m’est
indifférent dans un texte, tout me concerne au plus vif, et cela jusqu’à
son cadre.
Ici, « Béthanie » c’est la maison de l’homme
Lazare, maison qui est en quelque sorte le symbole de tout l’univers,
habitat de l’homme, ma demeure. Lazare, l’ami de Jésus, personnifie
chacun de nous et toute l’humanité. Celui que Jésus aimait,
c’est moi ! Il n’existe pas d’homme qui ne soit unique, il
n’en existe aucun dont on puisse dire que Jésus ne l’aimait
pas. Le Christ qui est la vie intérieure, Dieu en nous, aime chacun comme
s’il était seul au monde.
Si Lazare c’est moi, alors Marthe et Marie sont aussi mes sœurs,
elles sont en moi mes deux sœurs : la sœur active, Marthe, celle du
travail, des affaires, des mille préoccupations… la dimension qui
construit le monde à sa guise, elle produit la culture, les arts, la
civilisation, organise la cité ; puis il y a la sœur qui prend du
recul, qui médite et contemple, qui ne se reçoit pas d’elle-même,
mais de Dieu seul, elle ne fait jamais rien à sa guise… c’est
la dimension de l’essentiel, de l’enracinement, de l’ancrage,
hors de quoi il n’y a qu’agitation. Le Christ dira de Marie qu’elle
a choisit la meilleure part et de Marthe qu’elle s’agite beaucoup,
alors qu’une seule chose est nécessaire, une seule chose : tout
est une question de direction.
Or c’est justement le manque de direction qui a fait tomber l’homme
dans le multiple, c’est-à-dire dans l’atomisation et la décomposition,
en d’autres mots : la maladie. Dieu seul a la Vie, Lui seul est la source
de notre vie, boire à d’autres sources, c’est s’abreuver
à la mort. Là est le résultat du péché, la
rupture avec Dieu. Lazare n’était peut-être pas voleur ou
assassin, mais il vivait comme tout homme de la vie du péché,
à savoir de la satisfaction de ses désirs physiques ou psychiques.
Il avait de multiples sources pour vivre.
Sur ce plan, le voleur, le menteur, l’assassin ou le criminel ne diffère
en rien de l’honnête homme qui n’a rien à se reprocher
et se suffit à lui-même. Si les deux vivent sans Dieu, ils sont
tous deux en état de péché, à pied d’égalité
face à Dieu, quelque soit la beauté morale de l’honnête
homme.
Le péché, c’est ce qui est identique à la maladie
et à la mort. Or que fait Jésus ? Il va vers Lazare, dit le texte,
Il va donc vers la mort, celle de l’homme et celle de Dieu, puisque, pour
se rendre en Judée, Il risque sa propre vie, comme l’Evangile le
laisse entendre clairement. Quelques jours après d’ailleurs, Il
meurt sur la croix. Ici, le Christ nous révèle à la fois
l’essentiel de son message et la méthode pour le réaliser
: Il renverse la situation radicalement ; Lui, la Vie par excellence qui ne
devait pas mourir, entre librement dans la mort. Désormais tout homme
qui prend cette direction, c’est-à-dire qui, au lieu de subir la
maladie et la mort à cause du péché, choisit librement
de les accepter, de les vivre pleinement, y trouvera non la puanteur et la décomposition,
mais la vie, le Christ Lui-même, la gloire de Dieu. Cette mort est pour
la gloire de Dieu, dit Jésus dans le texte. Depuis le Christ, mourir,
mais déjà ici et maintenant puisqu’il s’agit d’une
direction, donc accepter librement la mort, vivre avec elle et entrer dans sa
familiarité, c’est expérimenter la gloire de Dieu ! Si cela
est vrai, alors « rendre gloire à Dieu », Lui rendre grâce
et Le louer face à la mort, n’est-ce pas la méthode que
nous révèle le Christ pour ne jamais mourir, mais au contraire
vivre toujours plus pleinement ? C’est pourquoi devant le tombeau de Lazare,
au lieu de se lamenter, comme tous les autres, Jésus rend grâce
!
Quand Thomas voit la direction que prend Jésus, il emboîte le pas
et entraîne avec lui tous les autres disciples, en disant : Allons nous
aussi et mourons avec Lui ! Phrase fantastique qui contient toujours à
la fois le message et la méthode : allons et mourons, c’est la
direction, mais avec Lui. Etre avec Lui, alors que risquons nous ? Nous sommes
là devant l’attitude fondamentale du disciple, la quintessence
du Chemin : pour moi, vivre, c’est le Christ, et mourir m’est un
gain (Ph 1,21).
Aux disciples qui cherchent sans le savoir à faire le jeu de l’Adversaire
de la vie en s’opposant à la décision du Christ, celui-ci
répond par des paroles mystérieuses : N’y a-t-il pas 12
heures dans le jour ? Le « jour » c’est le Christ, ce «
grand Jour » annoncé par les Prophètes et « 12 »
caractérise la plénitude, l’accomplissement. Celui qui marche
dans le Christ s’accomplit en plénitude. En vivant pleinement le
temps, l’instant, celui-ci dévoile sa substance d’éternité
qui, elle, nous ouvre à la conscience solaire du Christ. Nous vivons
déjà alors dans la lumière de la résurrection.
C’est vraiment dans cette réalité-là que culmine
l’Evangile. Quand Marthe répliquera à Jésus : Je
sais que mon frère ressuscitera à la résurrection, au dernier
jour, projetant l’événement dans un futur inconnu et qui
ne la concerne plus, Jésus la ramène avec violence au présent
Je suis la résurrection. Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais
! Ce présent absolu est celui de Dieu, qui n’a ni passé
ni avenir, Il est purement et simplement, Il EST la Vie, adhérer à
Lui c’est ne pas mourir. C’est ce nom de Dieu que Moïse a reçu
au Buisson Ardent : Je Suis Celui qui est et Jésus en manifeste son visage
dans l’histoire des hommes : Si vous ne croyez pas que JE SUIS, vous périrez
tous ! (Jn 8,24). Voilà pourquoi Il pose la question à Marthe
: Le crois-tu ? Car tout est là : adhérer de tout son être,
devenir un avec Lui, laisser vivre et agir comme par osmose sa résurrection
en nous. C’est cela le propre de la confiance, qui veut dire « se
fier à » avec la racine « fiance-fiancer » : il s’agit
donc d’une relation nuptiale, qui a la joie et l’allégresse
comme contenu.
Saint Augustin (5°s) a prononcé cette phrase prodigieuse : En adhérant
à Toi de tout moi-même, ma vie vivra d’être pleine
de Toi. Toute la sagesse du christianisme est là !! Nous n’avons
qu’un seul effort à faire : Je suis la résurrection et la
vie. Adhères-tu à cela ? Est-ce vraiment là ta vie à
toi, ce qui te fait vivre, ta lumière, ta joie, le sens même de
ton existence ?
Devant le tombeau donc, Jésus dit : Enlevez la dalle, la pierre. Quelle
est cette dalle ? C’est la pierre tombale, celle qui justement nous sépare
de Dieu. A chacun de voir quelle est la pierre qui recouvre son cœur qui
est le trône de Dieu ; c’est du cœur que vient toute vie. C’est
la pierre qui fait pencher mon cœur vers ceci ou cela, vers mes préférences,
or là où est ton cœur, là est ton trésor :
il se trouve donc que mon trésor ce n’est pas Dieu… Je communie
à ce qui ne peut pas être source de vie, à la mort. Malgré
les approches de Dieu, l’homme psychique résiste à la grâce
divine. C’est Marthe, et non Marie, qui émet des doutes et ne croit
pas à l’impossible. Jésus redit alors : Si tu crois, tu
verras la gloire de Dieu. Tout l’Evangile, finalement toute la révélation
biblique et la création toute entière converge vers ce point :
la gloire de Dieu. Elle est le terme de tout, le seul but de ce qui est grand
et de ce qui est nul, de ce qui est beau et de ce qui est répugnant,
comme la puanteur du cadavre de Lazare. Il sent déjà, dit Marthe.
Mais qui ne sent pas ??
On enlève donc la pierre, et devant la mort, devant le souffle d’horreur
qui passe à ce moment là sur la foule, Jésus rend grâce.
C’est sans doute pour eux tous qui se lamentent, comme pour nous d’ailleurs,
le comble de la stupéfaction. Qui a jamais osé dire « merci
» à Dieu pour la mort ? Rien n’est plus absurde ! Jésus
renverse ici nos systèmes de valeurs et nos principes pour nous apprendre
les mœurs de Dieu. La gratitude est un acte créateur : il n’y
a pas pour l’homme de plus grand lâcher-prise que de rendre grâce
indifféremment pour tout, comme dit la liturgie : « en tous temps
et en tous lieux » ; cela permet à Dieu d’être Dieu
et d’agir librement. Le premier obstacle à l’action divine
c’est moi, avec mes a priori. Mais quand je permets à Dieu d’agir,
c’est toujours divin et extraordinaire, même dans la pire des situations.
C’est ce que le Christ nous montre et nous démontre : en rendant
grâce devant la mort, Il a la certitude absolue d’être exaucé.
Il s’agit d’une nouvelle manière d’être que le
Christ nous transmet ! Si je considère que « Tout est grâce
», alors la seule attitude juste, c’est de rendre grâce. Le
fait d’accepter avec reconnaissance chaque petit incident qui survient
comme venant des mains de Dieu, libère la puissance divine. L’action
de grâce doit être fondée sur notre foi, notre confiance
en la Parole de Dieu et non sur nos sentiments ou notre raisonnement.
En tout cas, voilà ce que Jésus met sous nos yeux : IL rend grâce
et le mort ressuscite ! Lazare sort du tombeau, on peut maintenant lui enlever
les bandelettes et le délier. La reconnaissance pour tout ce qui arrive,
l’action de grâces ou la joie face à tout, dans la certitude
que Dieu agit, qu’au sein du pire Il est à l’œuvre pour
me tirer de là, me libérer, fait naître l’homme à
lui-même. D’abord plus rien ne peut atteindre cet homme, il n’est
plus dépendant des circonstances, enchaîné par les bandelettes
des événements, et puis cette liberté intérieure
est le grand signe que sa personne s’éveille en lui, ce qui est
totalement unique en lui, son mystère où il se reçoit de
Dieu comme le ruisseau d’une source. Alors on peut dire que, pour lui,
le cercle de la mortalité est définitivement brisé ; cet
homme est passé à la vie de Dieu, c’est-à-dire il
vit éternellement et divinement. Sa mort elle-même n’est
que passage, Pâque, et dans sa vie l’échec, la difficulté,
l’épreuve ne ressemblent plus à un tombeau, mais, comme
nous chantons aux liturgies pascales, elles sont une chambre nuptiale où
nous célébrons dans l’action de grâce les «
Noces de l’Agneau ». Il n’y a plus un moment, dans cette vie-là,
qui ne soit la manifestation de la gloire de Dieu…
Puisse ce Carême nous y conduire de plus en plus !
Avec toute notre affection, à bientôt !
Père Alphonse et Rachel
Questions à méditer :
- « Il sent déjà », dit Marthe : toute pensée
négative est enveloppée de puanteur, donc nous infecte et infecte
les autres. Est-ce que j’ai le désir de répandre autour
de moi le parfum du Christ, c’est-à-dire une atmosphère
d’amour, de joie, de paix ?
- « Enlevez la pierre », dit Jésus : qu’est-ce qui fait de ma vie un tombeau ? Pourquoi mon coeur est-il fermé ? Quelle est la pierre qui le tire vers le bas ? Où penche-t-il constamment, où sont ses préférences ? Qu’est-ce qui me sépare de Dieu ? Qu’est-ce qui ouvre mon coeur, puis-je retrouver cela ?
- « Le mort sortit, pieds et mains liés de bandelettes » : pourquoi suis-je plutôt mort que vivant ? Quelles sont les bandelettes qui me lient : mes chaînes intérieures et extérieures, mes dépendances (nourriture – boisson – événements- situations – argent – conjoint –autres personnes - préoccupations – peurs – colères – jalousie – refus de pardon – échecs – limites personnelles …etc.)
Prière de Carême :
Voici le temps, Seigneur Dieu, où Tu donnes ton souffle à ce monde,
où Tu allumes un feu d’amour en chaque homme, en moi-même.
Voici le jour où nous sommes convoqués pour être ton amour,
le vivre pleinement.
Nous Te remercions avec les paroles que Tu as Toi-même semées en
nous,
nous T’admirons par la force de l’Esprit Saint
et pleins de joie, nous T’appelons notre Père.
(H. Oosterhuis)
Sessions en cours à Béthanie :
- « Guérison des maladies de l’âme » : du 17
au 19 mars.
Comment quitter l’esclavage des passions. Diagnostic et remèdes.
- « Physique quantique et biologie » : du 24 au 25 mars avec Jean-Marie Pelt et Jean Louis Garillon : du nouveau sur la nature et la santé avec deux experts.
- « Semaine Sainte et Nuit Pascale » du 4 au 8 avril. Vivre ensemble le sommet de l’Année Liturgique en mettant nos pas dans ceux du Christ.
- « Une thérapie divine : le pardon » du 7 au 8 mai. Une guérison à partir des racines de notre être.
Information :
Le « Chemin » Printemps 2007, N°74 sortira le 15 mars.