| Centre de Rencontres
Spirituelles Prieuré Notre-Dame et St-Thiébault 57680 GORZE Tel.03 87 52 02 28 (de 10h à 12h et de 15h à 18h sauf le dimanche et le mercredi) Fax 03 87 69 91 79 E-mail : centre.bethanie@wanadoo.fr Site web: www.centre-bethanie.org |
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Gorze, Mars 2008
Chers Amis,
A la fin de notre dernière lettre, le grain tombé en terre, traversant
toutes les épreuves en rendant grâces, finit pas découvrir
la vie en plénitude et donne du fruit à « cent pour un ».
C’est parce qu’il est tombé dans « la bonne terre ».
Il y a là une Loi profonde du vrai vivant que le Christ veut nous apprendre
durant ce temps de sa Passion. Il est, Lui, ce « grain de blé qui
tombe en terre». Mais quelle est cette terre ?
Le symbolisme de l’humus, de la bonne terre, est proprement extraordinaire. En contemplant sa nature profonde, il livre le triple secret de son intimité.
L’humus a d’abord toutes les caractéristiques de l’humilité avec laquelle il a étymologiquement partie liée. Il est accueil total, offert et ouvert à ce qui doit venir : le soc de la charrue qui le laboure, la semence qui le féconde et la pluie qui le nourrit. Il se laisse retourner, creuser, défoncer… L’humus ne mérite son nom que s’il est pur, c'est-à-dire sans mélange : il n’a pas de volonté propre, son terreau est sans cailloux ni scories ou autres présences qui pourraient l’orienter. Son être est tout attente et écoute, il n’a qu’une seule direction : réaliser ce pour quoi il est fait. C’est une terre vierge.
Et quand le grain tombe dans ses sillons, alors elle s’unit à lui, les deux font alliance et se marient, si bien que la semence se fond en elle et réciproquement : la terre alors devient vraiment l’épouse, le pacte est lié. Ce sont des épousailles, mais c’est la terre qui intègre, intériorise, se donne. Par son « oui » tout s’accomplit, sans résistance aucune elle épouse le devenir et s’inscrit ainsi dans l’immense ordre de la création selon son plan interne, entièrement ouverte à l’action de Dieu, permettant à Dieu d’être Dieu. Grâce à ces épousailles, plus rien ne sépare le grain et la terre de l’acte créateur. Ils sont tous les deux dans un simple et pur vouloir de Dieu…
Rien n’est plus fécond que cet abandon actif ou, comme dirait Theilhard, cette « passivité de croissance ». Rien de grand ne se produit en dehors de cette Loi, tout génie créateur en fait son pain quotidien et chaque saint ne l’est que grâce à elle. En Extrême-Orient on l’appelle le « non-agir », dans la Tradition chrétienne c’est « l’effort sans effort » ou tout simplement l’abandon et la confiance, à partir desquels tout entre en gestation et donne naissance à la vie. Dans cette attitude tout est donné. En effet, sur le Chemin spirituel il n’y a pas de virginité sans épousailles, mais il n’y a pas d’épousailles qui n’aboutissent spontanément à la maternité. C’est son troisième secret que nous livre la « bonne terre » : elle est vierge, épouse et mère, et ces trois se tiennent intimement, inséparablement. Le grain que la terre épouse la pénètre comme un germe, elle fait de la place en elle, « couve » son avenir, et entre dans un enfantement où elle donne sa propre substance.
Nous avons reconnu au cours de cette contemplation de la « bonne terre
» qu’il s’agit là du véritable disciple et de
son attitude fondamentale, donc par excellence de Marie. C’est elle la
terre-vierge, l’épouse, la terre-mère, l’archétype-même
du disciple du Christ, la première qui nous ouvre le Chemin. Elle est
pour nous « le Chemin même du retournement », comme l’appellent
les Pères, elle nous y initie et nous accompagne tout au long de notre
propre cheminement. C’est à son contact que notre liberté
devient un vrai humus, une bonne terre.
Par elle, nous apprenons que la virginité est un point de départ
absolu et inconditionnel, que l’on soit marié ou non. C’est
le préliminaire indispensable à tout véritable amour, la
condition de son existence même. Comment aimer si on a le cœur partagé
(1Co 7,34) ou si l’on est enchaîné par ses passions ? La
virginisation de l’être est le laboratoire secret où se forge
la décision unique sans laquelle il n’y pas de Chemin, où
s’élaborent aussi toutes les dispositions nécessaires à
l’amour, les moyens. C’est le moment de la mobilisation de toutes
les énergies dans une direction exclusive.
Seulement celui qui a intégré l’antichambre peut alors pénétrer
dans le saint des saints qui est l’amour lui-même, union et communion,
épousailles. C’est le seul but de la virginité. Débarrassé
de soi et de nos « mélanges », le don à l’autre
devient possible, jusqu’au don ultime : mourir d’aimer. L’amour
sacrificiel seul, en effet, a le droit de demeurer comme chez soi dans le cœur
de l’autre. Et seulement aussi s’il va jusque là, au centre
de l’être, il connaîtra la source de cette intimité
réciproque : la divine Trinité qui est au coeur de tout être
et de toutes choses. C’est pourquoi l’amour trouve son centre non
seulement dans le cœur de l’autre, mais au cœur de tout ou,
disons, au cœur de l’instant présent qui manifeste la volonté
de Dieu, c'est-à-dire sa Présence signifiante. Le « oui
» des épousailles peut donc se vivre partout, il fait du moment
qui passe un buisson ardent et découvre ainsi l’intensité
d’une vigilance permanente.
Rien de tout cela n’aurait de sens si ce n’était pour une
maternité : la naissance du Verbe de Dieu en nous. Nous devenons «
Christophores », porteurs du Christ. Et cette gestation continuelle à
l’intérieur de nous, nous permet alors de « donner aussi
notre propre vie à l’extérieur, comme une mère »
(1Thess 2,7-8) et d’enfanter les autres à la foi « jusqu’à
ce que le Christ soit formé en eux » (Ga 4,19). Cette renaissance
intérieure de ceux que nous rencontrerons sur le Chemin est le grand
fruit de notre témoignage maternel à travers l’humus, l’humilité
du quotidien : l’écoute, la compréhension, l’amitié,
la solidarité, le dévouement sous toutes ses formes… Et
voilà que la virginité, les épousailles et la maternité
se conjuguent au sein de la même réalité. Car la terre est
bonne et elle est une…
Cette terre est la « Terre Promise », c'est-à-dire la Pâque,
celle du Christ et inséparablement celle de Marie, donc la nôtre,
à laquelle Il va nous conduire maintenant comme le premier de cordée…
Devenons amoureusement un avec ce qui est à l’heure qu’il
est, « tout le reste nous sera donné par surcroît »
!
Avec toute notre affection, à bientôt !
Père Alphonse et Rachel
Prière :
« Cet arbre est pour moi salut éternel : de lui je me nourris,
de lui je me repais. Par ses racines je m’enracine, par ses branches je
m’étends, de sa rosée je m’enivre, de son Esprit,
comme d’un souffle délicieux, je suis fécondé. Sous
son ombre j’ai planté ma tente et j’ai trouvé un abri
contre la chaleur de l’été. Par ses fleurs je fleuris, de
ses fruits je me délecte à satiété, et je cueille
librement ses fruits qui me sont destinés depuis les origines. Cet arbre
est aliment pour ma faim, source pour ma soif, vêtement pour ma nudité
; ses feuilles sont esprit de vie et non feuilles de figuier. Cet arbre est
ma sauvegarde quand je crains Dieu, mon appui quand je vacille, ma récompense
quand je combats, mon trophée quand je triomphe. Cet arbre est pour moi
le sentier étroit et la voie resserrée ; c’est l’échelle
de Jacob, c’est le chemin des anges au sommet duquel le Seigneur est réellement
appuyé. »
(Ancienne Homélie Pascale 51)
Texte à méditer :
Tu seras ma couronne de splendeur dans la main d’Adonaï,
un turban royal dans la main de ton Dieu.
On ne te dira plus : « Délaissée »
et de la terre on ne dira plus : « Désolation ».
Mais on t’appellera : « Mon plaisir est en elle » et ta terre
: « Epousée ».
Car le Seigneur trouvera en toi son plaisir, et ta terre sera épousée.
(Isaïe 62,3-5)
Les prochaines sessions à Béthanie :
• « Semaine Sainte et Nuit Pascale », du 19 au 23 mars. Sommet
de l’Année Liturgique et mystère de la vie de chacun. Mettre
ses pas dans les pas du Christ, c’est renaître.
• « La pratique du Hara selon Graf Dürckheim » du 19 au 20 avril. Etre centré ou non, telle est la question d’une vie. Découvrir le Royaume intérieur par le corps que je suis.
• « L’approche intégrative et la vision quantique de la santé » avec Jean-Louis Garillon, du 26 au 27 avril. Quoi de neuf dans le domaine médical quantique aujourd’hui ? Comment apprivoiser ces nouvelles découvertes ?
• « La voie des Psaumes », du 2 au 4 mai. Apprendre à psalmodier, c’est découvrir la Bible en chantant et vivre dans l’esprit du Christ, c’est s’accorder tous les jours au chant du monde.
Informations :
Nous sommes heureux de vous annoncer la parution d’un nouveau livre de
notre ami Jean-Marie PELT intitulé « Nature et spiritualité
»chez Fayard.
Ce livre met en lumière les profondes convergences des grandes traditions
philosophiques, spirituelles et religieuses du monde sur des points essentiels
de la sensibilité moderne : nécessaire sobriété
écologique pour limiter l’épuisement des ressources naturelles,
alliance de l’homme et de la nature pour maintenir les grands équilibres
biologiques et climatiques, enfin, mise en cause du rêve prométhéen
où sciences et techniques, étroitement liées au capitalisme,
emmènent l’humanité au pas de charge dans un rêve
de puissance et de domination, au mépris de toute modération et
sagesse. Pour Jean-Marie Pelt, une nouvelle éthique s’impose, celle
d’une écologie spiritualiste, seule voie porteuse d’avenir.
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BETHANIE, Prieuré Notre-Dame et St-Thiébault, 57680 GORZE