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Lettre n°209 - Le chemin de vulnérabilité



Gorze, Mars 2024


 

Vulnérabilité : chemin de guérison

 

Chers amis,

 

 « Le ciel s'écroule sur la terre, et si l'Homme a pu vivre sa mort, alors les choses sont comme elles étaient à l'origine : remplies de lumière. » Cette phrase, citée de nombreuses fois par Karlfried Graf Dürckheim, exprime une expérience humaine capitale.

 

Un jour ou l'autre, sur le chemin de la metanoïa, nous sommes ramenés à expérimenter un état d'incapacité totale : « Le ciel s'écroule sur la terre... » Tout est mis sans dessus-dessous... Le soleil s'obscurcit, la lune perd son éclat, les étoiles tombent du ciel, notre confiance en la vie, basée sur les résultats du moi existentiel s'écroule. Apparaît alors pour celui qui « demeure » avec Lui une forme de confiance totalement différente, dénuée de toute sensation de notre propre importance. La confiance de celui qui « sait faire » est toujours teintée de cette arrogance de l'ego.

 

La confiance de celui qui « reste assis » dans l'expérience de son désastre existentiel qu'il est invité à vivre, cette confiance est celle de l'innocence : c'est la confiance d'un enfant tellement vulnérable, qu'il n'a pas d'autres solutions que de s'abandonner dans les bras du Père : « Entre tes mains Père, Je remets mon souffle. » Luc 23,46

 

Dans cet abandon à notre vulnérabilité de créature en exil naît alors un sentiment de libération intérieure. S'ouvre en nous la possibilité de « passer » au travers de notre prison existentielle (qui joue son rôle) et de nous ouvrir à une vie qui devient un perpétuel défi d'oser la nouveauté et de lâcher prise de l'ancien qui « stagne » et nous plombe constamment. Retrouver cet extraordinaire confiance de l'innocence et cesser d'être absorbé par le collectif et noyé dans la « normose »...


Jésus Christ lave les pieds de ses disciples, icône copte
Jésus Christ lave les pieds de ses disciples, icône copte

En réalité nous avons tous peur ! Seuls les êtres humains qui cessent d'être conditionnés par leur mental, seuls ceux-là sont en mesure de faire éclore un monde nouveau. Le retour à l'état d'innocence (Les choses sont comme elles étaient à l'origine) nous met face à face avec notre vulnérabilité fondamentale : je ne sais plus qui je suis ! Je croyais que j'étais ce que je pensais de moi !

 

Nous sommes invités à passer de la croyance à l'expérience : l'expérience de notre vulnérabilité, cette angoisse essentielle qui me resserre les entrailles (la peur au ventre), cette angoisse étant en réalité notre chance de nous reconnecter à notre énergie vitale, car cette angoisse, c'est d'abord de l'énergie vitale, avant d'être passée au crible de mon mental...

 

Nous sommes invités par le Christ à jeter nos filets en eaux profondes. Entrer plus profondément dans cet effondrement salutaire et découvrir au cœur de nos ténèbres la puissance du Souffle sacré. Toutes les idées que nous avons sur nous-mêmes sont bien souvent des projections idéalisées ou morbides, dans les deux cas ce sont des illusions ! « Tout passe ! » dit sainte Thérèse d'Avila, « Buée de buée, tout est buée » nous dit la Bible.

 

La méditation nous aide à apprécier notre manque de solidité sur un certain plan et en même temps une présence puissante, « un été invincible » comme l'écrit Albert Camus, qui habite la profondeur de mon être. Nous découvrons que rien d'autre ne compte que cette présence puissante qui habite notre souffle et qu'en dehors d'elle nous n'avons rien pour nous maintenir la tête hors de l'eau...

 

L'accueil de cette présence calme et silencieuse répond à la question de base de l'enseignement de Graf Dürckheim : « Quand Francis va-t-il percer la peau de Dekeyser ? »… C'est là que tout se joue ! Quand ? Réponse : « je ne sais pas ! » Dans le zen on dit que le chemin se fait à la vitesse de l'herbe qui pousse ! Peut-être est-ce une ascèse salutaire que de réapprendre à cultiver la patience.

 

Comme le dit si bien sainte Thérèse que nous avons déjà cité : « La patience finit par triompher de tout ! Solo Dios  basta ! »

 


Avec toute mon affection en Christ

Père Francis

 


 

Prière


Entre Tes mains Seigneur je remets mon esprit.

Tu nous as racheté, Seigneur, Dieu de vérité.

Entre Tes mains Seigneur je remets mon esprit.

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit.

Entre Tes mains Seigneur je remets mon esprit.

                                                               Prière des Complies

 



 

Texte à méditer


Que rien ne te trouble, que rien ne t'épouvante, tout passe, Dieu ne change pas, la patience obtient tout ; celui qui possède Dieu ne manque de rien : Dieu seul suffit. Elève ta pensée, monte au ciel, ne t'angoisse de rien, que rien ne te trouble. Suis Jésus Christ d'un grand cœur, et quoi qu'il arrive, que rien ne t'épouvante. Tu vois la gloire du monde ? C’est une vaine gloire ; il n'a rien de stable, tout passe. Aspire au céleste, qui dure toujours ; fidèle et riche en promesses, Dieu ne change pas. 

Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582)

 



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