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Lettre n°198

Gorze, Mars 2023


Chers amis,


Pendant le carême, nous sommes invités à vivre le triptyque : jeûne, prière, aumône ! Le jeûne a plutôt bonne presse même s’il est en fait peu pratiqué ; la prière paraît naturelle à ceux qui ont un chemin spirituel, mais l’aumône est un mot, assez mal reçu en nos temps. Faire l’aumône est vieillot et recevoir l’aumône est insultant ! Ce mot vient pourtant du grec “ eleêmosynê ” dans lequel il y a “ elei ” l’huile, toute la douceur de l’huile. De plus l’aumône n’est pas seulement une affaire d’argent, c’est aussi l’occasion d’un face à face avec l’autre. C’est l’occasion de lui manifester humainement, par un regard, qu’il existe, qu’il est une personne, qu’il a du prix à nos yeux comme nous en avons aux yeux de Dieu.

Saint Martin, catéchumène, partage son manteau , Atelier d’icône Elisabeth Lamour

Je ne sais si vous avez fait l’expérience de donner quelque chose à un mendiant sans le regarder, et de donner quelque chose à un mendiant en le regardant ? ça n’a rien à voir ; ça n’a rien à voir pour lui, mais ça n’a rien à voir non plus pour nous. Donner une pièce, oui, ça peut donner bonne conscience, mais donner un regard ! Lui dire par ce regard, tu existes, c‘est donner de soi-même, c‘est aussi ne pas se cacher la face sur notre condition et sur la sienne. Cela me rappelle une histoire de saint Jean de Saint Denis qui croisait tous les jours à Paris une mendiante au même endroit et qui un jour, visité par l’Esprit, arrête son chemin, va acheter une rose et la lui offre… leurs regards se plongent l’un dans l’autre et ce fut pour chacun une expérience divine.


Cependant, une véritable aumône réclame une condition : la discrétion. « Quand donc tu fais l'aumône, ne va pas le claironner devant toi dans les synagogues et les rues, ainsi font les hypocrites, afin d'être glorifiés par les hommes ; en vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône soit secrète ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »

A l‘image de Dieu, qui « fait pleuvoir sur les bons et les méchants », nous sommes appelés à exercer l‘aumône sans discrimination. « Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite. » Jeûner, oui, faire l’aumône, oui, mais dans le secret, nous enseigne Jésus. Pas pour avoir l’air d’un bon chrétien, pas pour jouer au petit saint, pas pour être un “ abbé Pierre ” au petit pied, mais gratuitement, seulement devant le Père. Cela peut paraître évident à énoncer, mais ce n’est pas si facile, avouons-le. Nous avons tellement besoin d’être reconnu !

Jésus s’est donné tout entier comme une aumône sur la croix, et il se donne toujours à nous à chaque liturgie, à chaque eucharistie. Si nous vivons la communion au corps et au sang du Christ comme une aumône qu‘Il nous fait de lui-même, ce don gratuit et divin va changer notre conception même de l’aumône, car nous saurons que le modèle, l’icône de l’aumône, c’est Lui, Jésus, notre Dieu. L’aumône, en Christ, dépasse l’aumône. En fait, on peut l’appeler : la charité, « caritas » en latin, qui veut dire l‘amour du prochain ; encore un mot si beau et si abîmé ; on peut l’appeler la miséricorde, qui vient de « miséricordia » qui veut dire littéralement la détresse du cœur ; tous ces mots essaient de traduire en balbutiant des entrailles frémissantes qui cherchent à devenir icônes des entrailles divines. C’est le partage d’amour, gratuit, tout vibrant de l’amour même de Dieu qui nous habite. « Il faut semer largement », dit l’écriture, « car Dieu aime qui donne avec joie ».

La joie qu’elle nous donne est certainement un critère de la justesse cordiale de notre aumône. Par elle nous sortons d’une attitude de fermeture, de mort, de tombeau, pour une ouverture aux autres et à l’Autre. C’est un passage, une Pâque, une sortie d’Egypte, une traversée de la Mer Rouge qui nous met dans une tonalité pascale, résurrectionnelle, une joie divine.

Avec toute mon affection en Christ !

Père Pascal


 

Prières


Mon Dieu,

daignez me donner ce sentiment continuel de votre présence, de votre présence en moi et autour de moi, et, en même temps, cet amour craintif qu'on éprouve en présence de ce qu'on aime passionnément, et qui fait qu'on se tient devant la personne aimée, sans pouvoir détacher d'elle les yeux, avec un grand désir et une pleine volonté de faire tout ce qui lui plaît, tout ce qui est bon pour elle et une grande crainte de faire, dire ou penser quelque chose qui lui déplaise ou lui fasse mal... En vous, par vous et pour vous.

Amen.

St Charles de Foucauld (1858-1916)


 

Texte à méditer

Prends sur tes biens pour faire l'aumône. Ne détourne jamais ton visage d'un pauvre, et Dieu ne détournera pas le sien de toi. Mesure ton aumône à ton abondance : si tu as beaucoup, donne davantage ; si tu as peu, donne moins, mais n'hésite pas à faire l'aumône. C'est te constituer un beau trésor pour le jour du besoin. Car l'aumône délivre de la mort, et elle empêche d'aller dans les ténèbres. L'aumône est une offrande de valeur, pour tous ceux qui la font en présence du Très-Haut… Donne de ton pain à ceux qui ont faim, et de tes habits à ceux qui sont nus. De tout ce que tu as en abondance, prends pour faire l’aumône ; et quand tu fais l'aumône, n'aie pas de regrets dans les yeux. Tobie 4. 7-11 & 16


 


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