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Lettre n°199

Gorze, Avril 2023



Saint Antoine le grand dit : « la seule prière est celle où l'on ne sait plus que l'on prie ! » Pour en arriver là (si on y arrive), il y a des étapes. Chaque tradition a les siennes. Dans toutes les traditions demeurent une chose : plus l'homme se rapproche de Dieu, plus il se tait, plus il écoute pour finir par réaliser le premier commandement : Shema Israël !

Ecouter, c'est plonger dans la profondeur, dans l'unité de l'Etre, devenir Un avec le moment présent qui contient l'immuable et l'indicible. Dans chaque cœur d'homme se trouve cette nostalgie de l'union... « La plus grande souffrance de l'homme » dit Graf Dürckheim, « c'est d’être étranger à lui-même, c'est là son mal le plus profond. » Cette souffrance est telle, que l'homme ne cesse de chercher... et cette recherche a donné naissance à tous les chemins et aux différentes traditions spirituelles de l'humanité qui veulent nous reconduire vers le paradis perdu. « Celui qui cherche trouve » dit Jésus. On trouve toujours ce que l'on cherche de « tout son cœur » ... Même si « les demeures sont nombreuses, les chemins pour y aller sont souvent très ressemblants. Dans toutes les grandes traditions se retrouvent trois axes : 1/ Le chemin personnel : « La pratique, c'est l'intensité de la vigilance permanente. » Rien, sans polarisation et exercice permanent... 2/ Le chemin communautaire : « L'œuvre commune » la liturgie. La prière nourriture. Créer les liens fraternels en « rabotant » nos ego pour qu'émerge la « personne » prémisse d'une humanité nouvelle. C'est le levain dans la pâte...au jour le jour... 3/ Le chemin du service : C'est le « sacrement du frère » qui vérifie et authentifie notre engagement. C'est le partage et l'entraide sous toutes ses formes. Les œuvres de « charité » auprès du prochain. Une des caractéristiques du chemin personnel, c'est le « mantra ». Ce mot, bien connu de nos jours en occident, est un terme indien qui signifie la répétition incessante d'une formule brève. Ceci a pour effet de faire taire le mental et de mettre en présence du mystère invoqué. Comme dit le psaume 1 : « Heureux l'homme qui murmure la parole jour et nuit. » La répétition d'une phrase, d'un mot ou d'une prière courte rassemble peu à peu toutes les énergies vers le centre de l'Etre. Le corps lui-même se ré-harmonise dans son architecture énergétique et va aider et favoriser la concentration sur le « mantra ». L'idée, est de murmurer sans cesse ce « mantra », de le répéter en soi, pour que peu à peu, la Parole s'incarne. Toutes les traditions s'accordent sur la puissance du saint Nom. En Inde, c'est « Nama japa », la répétition du saint Nom de Dieu, soit seul ou dans une formule qui contient le Nom. Dans le Bouddhisme, c'est le « Nembutsu », une formule d'hommage au buddha Amida ( Amitābha, en sanskrit), dont il existe même une forme dansée... Dans le soufisme, c'est le « Dhikr », la formule classique étant : « La illah ill Allah » (Pas de Dieu en dehors de Dieu.), formule que l'on retrouve dans les psaumes « Il n'y a pas d'autres dieux que Toi. »


Icône de l’église Notre-Dame & St Thiébault à Gorze

Dès le début, le disciple qui répète le mantra est puissamment orienté : Dieu seul ! Ces invocations font participer le corps et s'appuie sur lui, grâce au rythme et à la respiration, afin que la formule s'intériorise complètement dans la conscience du souffle, et que l'on puisse peu à peu se trouver silencieusement devant Celui que l'on invoque. Il y a un réel besoin de remplacer les croyances par l'expérience personnelle, de trouver son cœur et Celui qui l'habite. Quel que soit l'invocation, elle s'adresse toujours à Dieu, donc contient le saint Nom, implicitement ou explicitement. Dans le christianisme, on a souvent appelé ces invocations brèves des « oraisons jaculatoires », du latin « jaculum » qui signifie « trait » ; comme un trait, elles s'en vont frapper le cœur de Dieu. C'est donc l'émergence d'un cœur à cœur, corps âme esprit ; c'est un véritable élan intérieur qui peut jaillir dans n'importe quelle situation du quotidien et à tout moment. Il renouvelle et approfondit la conscience de la présence de Dieu ; il intensifie l'unité du travail avec la volonté de Dieu au moment présent. Comme on dit dans le zen, c'est la loi du « tout ou rien » ; « qui n'est pas avec Moi, disperse » dit le Christ...avec LUI ! Ici et maintenant par la pratique d'un mantra qui résonne jusque dans la moindre de mes cellules et ouvre le chemin de la résurrection. Exemples : répéter, à haute voix, à mi-voix (murmurer) ou intérieurement : « Ô Dieu, viens à mon aide ! Seigneur, hâte Toi de me secourir ! » ; « Que rien ne te trouble, que rien ne t'épouvante, tout passe ! » ; « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur, je le répète réjouissez-vous ! » ; « Le Seigneur est mon berger ; je ne manquerai de rien ! »... ou d'autres paroles qui touche le cœur et qui feront leur chemin en nous… On peut le faire sous forme de rappel, toutes les heures, pendant une à cinq minutes...Le rappel régulier, à l'aide d'une sonnerie discrète permet d'enraciner la parole en nous, de l'incarner et de l'assimiler. Elle devient nourriture de vie. Reprenons conscience de l'importance vitale de la régularité dans la pratique...Chaque prière doit être accompagnée d'une remise en ordre du corps sur le plan de la juste attitude telle qu'elle est proposée par Karlfried Graf Dürckheim et telle que nous l'enseignons au centre Béthanie depuis 40 ans.... Notons que la prière, dite de Jésus, occupe dans le christianisme orthodoxe une place éminente. C'est un chemin privilégié vers le cœur, la perle précieuse de la tradition hésychaste. Au final, ce n'est pas tant « la technique » employée qui compte que la sincérité du cœur de celui qui s'engage à chercher « d'abord » le royaume des cieux et sa justice. Le reste nous sera donné à la mesure de ce que nous pouvons porter un peu de la croix du Christ, comme en son temps le fit Simon de Cyrène... Avec toute mon affection en Christ ! Père Francis


 

Prière


Père céleste,

de Toi procède l’Esprit de Vérité, qui est la Source de toute grâce et de tout don.

Exauce nos supplications et insuffle à nos esprits ton Esprit Saint, accorde à notre intelligence l’intelligence du Christ, ton Unique engendré, et communique à notre corps la joie de la résurrection.

Nous Te le demandons par ce même Christ qui vit et règne avec Toi et l’Esprit Saint Consolateur, un seul Dieu aux siècles des siècles.

Amen.


 

Texte à méditer


Il ne s’agit pas de vivre avec le Ressuscité mais de vivre du Ressuscité. « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi », dit saint Paul (Ga 2.20). Rien n’a changé. Mais tout est nouveau… Il ne s’agit pas d’intégrer un peu de Jésus dans un quotidien profane et de rester dans un entre-soi douillet. Il s’agit de faire de notre vie la plus banale une tente de la rencontre quotidienne, pour nous et pour les autres. » Mgr David Macaire, archevêque catholique de Martinique


 


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