Lettre n°234 - Père Matta El-Maskîne
- Centre Béthanie
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Gorze, juin 2026
Chers amis,
On parle beaucoup des Pères du désert. On publie leurs apophtegmes, leurs œuvres et on écrit à leur propos. Ce sont des références spirituelles, mais sait-on qu'ils ne sont pas seulement du 4e siècle et qu’au 21e siècle il y en a encore ? L'un d'entre eux, né au ciel en 2006, s'appelle Matta El Maskîne, c'est-à-dire Matthieu le Pauvre et il a vécu dans les déserts d’Egypte.
Quand Youssef Scandar entendit l'appel du Seigneur à tout donner et à se donner tout entier, il avait terminé ses études et était pharmacien. A l'appel de Dieu, il vendit tous ses biens et partit dans le monastère qui était considéré comme le plus pauvre et qui était le plus éloigné des villes : le monastère de Saint-Samuel, dans le désert au sud du Fayoum, où ne vivait plus qu'un petit nombre de moines âgés et malades.
Très vite, l'appel de la vie érémitique se fit entendre et Matta El Maskîne s'enfonça plus loin encore dans le désert pour vivre la solitude dans une grotte du Wadi El Rayan. Il y fut rejoint par de jeunes moines qui lui demandèrent d'être leur Père spirituel. Là, pendant dix ans, ils vécurent la vie érémitique sous sa direction. Dix ans de solitude, dix ans d'enseignements pratiques de la vie solitaire, dix ans de face à face avec eux-mêmes et avec Dieu, mais aussi avec le Satan.
C'est dans une totale simplicité et un dépouillement de tous biens et de toutes préoccupations mondaines, que Matta El Maskîne et ses compagnons ont, tels les Pères du désert, vécu une vie de confiance en Dieu, se remettant totalement à lui pour tout et en tout, au milieu des nombreux dangers du désert et des très difficiles conditions naturelles.

La solitude, le dépouillement, le jeûne, Matta El Maskîne et ses compagnons avaient fait le vide pour trouver Dieu, mais il ne suffit pas de faire le vide, il faut le faire par amour, pour lui faire de la place, toute la place et à Lui, seul. A cet effet Matta El Maskîne prit un seul point d’appui, la Parole de Dieu :
« Le but a été sans aucun doute d'offrir ma vie au Seigneur : ceci je l'ai compris et décidé dans une lecture continuelle de la Bible. La Bible m'a permis de construire ma vie sur un fondement solide... Alors j'ai essayé, dans la prière et avec beaucoup de larmes, de comprendre ces hommes de la Bible... Jour et nuit j'ai lu la Bible, afin qu'elle devienne ma chair et mon sang... et, peu à peu, ils me sont devenus familiers ; ainsi je me suis adapté à eux, et maintenant ils vivent en moi et moi en eux... Ce n'est pas par des moyens intellectuels qu'on peut pénétrer l'Evangile... il faut lui obéir et le vivre dans l'Esprit avant de pouvoir le comprendre. Ma vie, ma pensée, ma philosophie, mon amour ne sont pas autre chose que la Sainte Ecriture. Le reste ne m'intéresse plus. »
Voilà le langage décapant d'un véritable maître de vie spirituelle. En quelques mots il nous trace la trajectoire à suivre. De cette manière, Père Matta et ses compagnons vont vivre très concrètement ce que l'on doit appeler, au sens premier du terme, de véritables « fiançailles avec Dieu ».
En 1969, le patriarche d'alors, Cyrille VI, lui-même ancien ermite, demande à Matta El Maskîne et à ses compagnons de quitter leurs grottes et de s'installer au monastère de Saint-Macaire dans le désert de Scété entre Le Caire et Alexandrie. Ce fut un réel et profond sacrifice pour ces hommes de quitter leurs solitudes et d'aller rebâtir ce monastère qui tombait en ruine. Ils se joignirent pourtant à la communauté des six moines âgés qui habitaient encore les lieux et renoncèrent par obéissance à la vie érémitique. A quelques kilomètres du monastère, l'un d'entre eux garda pour tous le flambeau de la vie solitaire.
En quelques années, le charisme de paternité spirituelle du Père Matta et le rayonnement de ses compagnons, venus des dix années passées dans la solitude et le silence, vont provoquer un véritable renouvellement de la vie monastique. Les moines vont se multiplier jusqu'à se compter plus de cent trente. Le monastère sera désensablé, reconstruit et agrandi considérablement démontrant s'il en était besoin que la vie mystique n'éloigne pas des réalités concrètes, bien au contraire, car c'est lui, l'ermite, qui dirigea et suivit les travaux jusque dans le détail de la largeur des marches des escaliers.
Le monastère étant construit, Matta El Maskîne retrouva la vie érémitique et dirigea la vie spirituelle de ses fils depuis son ermitage à quelques kilomètres du monastère, alors que d'autres moines aux alentours menèrent à leur tour cette vie solitaire sous sa direction.
Le Père Matta fut pour ses moines une sorte de règle vivante qui, dans la mouvance de l'Esprit, discernait ou aidait à discerner comment chaque moine, selon sa propre vocation, pouvait mettre en pratique la règle, c'est-à-dire accomplir la volonté de Dieu sur lui.
Le père spirituel choisissait le travail pour chacun : à la forge, à la ferme, au dispensaire, à l'écurie, à la cuisine, à la bibliothèque, à l'accueil. C'était un des moyens favoris de Père Matta pour faire prendre conscience aux moines de leurs problèmes psychologiques ou spirituels et leur permettre de progresser dans la vie intérieure.
Père Matta réalisait aussi une paternité spirituelle à travers les livres, il en a écrit une quarantaine, les articles, plus de deux cents et même les cassettes puisque ses sermons étaient enregistrés par les fidèles et circulent encore à travers l'Egypte.
Pour nous, afin de recevoir un peu de cette paternité spirituelle d'un Père du désert de notre temps, nous voudrions lui poser la question traditionnelle : Abba, dis-moi une parole que je vive !
Je vous dis toute mon amitié en Christ, à bientôt !
Père Pascal
Prière
Ô Seigneur Jésus-Christ, ouvre les yeux de mon cœur, afin que je puisse entendre Ta parole et comprendre et faire Ta volonté, car je suis un étranger sur la terre. Ne me cache pas Tes commandements, mais ouvre mes yeux, pour que je puisse percevoir les merveilles de Ta loi. Dis-moi les choses cachées et secrètes de Ta sagesse.
En Toi je mets mon espoir, ô mon Dieu, pour que Tu éclaires mon esprit et ma compréhension avec la lumière de Ta connaissance, non seulement pour chérir ces choses qui sont écrites, mais pour les accomplir ; que par la lecture de la vie et des paroles des saints, je puisse ne pas pécher, mais que cela serve pour ma restauration, mon illumination et ma sanctification, pour le salut de mon âme, et l'héritage de la vie éternelle.
Car Tu es l'illumination de ceux qui se trouvent dans les ténèbres, et de Toi viennent toute bonne action et tout don.
Saint Jean Chrysostome,archevêque de Constantinople,
Père de l’Eglise (349-407).
Texte à méditer
Chaque fois que nous nous tenons debout devant le Christ pour prier avec ferveur et supplication, notre volonté rencontre la sienne et nous obtenons miséricorde. Par la fréquence et la sincérité de la prière, les deux volontés viennent à se rapprocher.
Père Matta El-Maskyne, moine et ermite (1919-2006)
Prière, Esprit Saint et Unité chrétienne (Ed. de Bellefontaine).

