Lettre n°231 - Le salut, cette invincible tranquillité du cœur
- Centre Béthanie
- il y a 21 heures
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Gorze, mars 2026
Chers amis,
Le salut
« cette invincible tranquillité du cœur ».
La Paix est en nous, elle est nous.
« Si tu savais le don de Dieu ».
Si nous savions ce qui nous habite dans notre profondeur... ce qui nous est donné dans cet instant ! Il n'y a rien à atteindre, ni à attendre. Cette paix est notre être essentiel qui est par nature silence, espace, vastitude.
Tout est toujours là, malgré le bruit mental et quelque soient les conditions existentielles de notre vie. Il suffit d'apprendre à entendre Ce silence et à voir l'espace qui le contient. Le royaume est en vous, mais aussi entre nous... Voir cet espace insaisissable dans lequel les formes apparaissent et disparaissent. Nous manquons d'espace, nous manquons d'air, de vastitude silencieuse. Nous sommes « gavés » par « le règne de la quantité ». Apprenons à regarder l'espace entre les formes. Reprenons conscience de l'infini qui nous entoure et ne nous laissons pas engloutir par le contenu de notre vie. Une des attitudes les plus féconde est d'être attentif au silence.
Sentir le silence de la pure conscience, celle qui voit, entend, goutte, sent, touche sans juger. Petit à petit l'être se réveille en nous sous l'impulsion de l'Esprit saint. La conscience s'élargit et s'ouvre sur l'expérience du « numineux », cette « invincible tranquillité du cœur » (Saint Jean Cassien) qui est à la fois le point de départ du chemin et en même temps une arrivée dans la terre promise. Cette « hesychia », ce « Shalom » est notre vérité intérieure, la véritable connaissance. Il s'agit de laisser être cette vérité qui est le Christ en nous. Être chrétien, c'est laisser le Christ vivre en nous, demeurer dans cette présence : « Faites tout ce qu'Il vous dira » ; ne rien chercher à atteindre car on peut perdre la paix à chercher la paix !

Être « sauvé », c'est accepter d'être ordinaire, d'être simplement présent suivant ce qui nous est donné d'être à l'instant, sans chercher autre chose que ce qui est, conscient que tout est au delà de ce que je peux penser et concevoir. « Force vulnérable et invincible de l'humble amour » Être invincible, c'est être « disponible ». C'est le grand « wu wei » taoiste. Quelques soient les nuages, les orages, la pollution, il y a le pur espace invincible en nous qui reçoit la pure lumière du Saint Esprit. Prendre conscience de plus en plus de cet « immaculé lieu de la transformation » ... Faire un avec ce qui était, ce qui est et ce qui vient : quel beau chemin de carême... « On laisse être... l'Être qui fait être tout ce qui est ». Jean Yves Leloup.
Je vous dis toute mon amitié en Christ, à bientôt !
Père Francis
Prière
Seigneur, la plénitude, c’est d’être en Toi.
Être en Toi, c’est tout. C’est la perfection, c’est le salut.
Fermer les yeux du corps,
ouvrir les yeux du cœur
et se plonger en Ta présence.
Je me recueillerai et je T’offrirai mes distractions.
Je me blottis contre Toi comme dans une grande main.
Je n’ai pas besoin de parler pour que Tu m’entendes.
Je n’ai pas besoin d’énumérer ce que je ne possède pas ;
je n’ai pas besoin de Te dire ce qui se passe dans ce monde et pourquoi nous avons besoin de Ton aide.
Je ne désire pas fuir les hommes, ni les éviter.
Je ne veux pas détester ni le bruit ni la bousculade ;
je désire les intégrer dans mon silence et être attentif à Toi.
Je voudrais être silencieux à la place de tous ceux qui courent sans cesse, font du bruit, sont dispersés ; je voudrais avoir du temps pour tous ceux qui n’en ont pas.
De tout mon cœur, de toutes mes pensées, j’attends que tu viennes. Seigneur, être en Toi, c’est la seule chose que je demande pour moi. Avec cela, j’aurai tout ce dont j’ai besoin pour ce temps-ci et pour l’éternité.
Plus ma prière sera fervente et constante, moins j’aurais de choses à dire. Et à la fin, je me tairais tout à fait et je serais toute écoute. Et cela est totalement contraire à la parole.
Søren Kierkegaard, philosophe et théologien protestant danois
(1813-1855)
Texte à méditer
« Que rien ne te trouble, que rien ne t'épouvante, tout passe, Dieu ne change pas, la patience obtient tout ; celui qui possède Dieu ne manque de rien : Dieu seul suffit. Elève ta pensée, monte au ciel, ne t'angoisse de rien, que rien ne te trouble. Suis Jésus Christ d'un grand cœur, et quoi qu'il arrive, que rien ne t'épouvante. Tu vois la gloire du monde ? C’est une vaine gloire ; il n'a rien de stable, tout passe. Aspire au céleste, qui dure toujours ; fidèle et riche en promesses, Dieu ne change pas. Aime-Le comme Il le mérite, Bonté immense ; mais il n'y a pas d'amour de qualité sans la patience. Que confiance et foi vive maintiennent l'âme, celui qui croit et espère obtient tout. Même s'il se voit assailli par l'enfer, il déjouera ses faveurs, celui qui possède Dieu. Même si lui viennent abandons, croix, malheurs, si Dieu est son trésor, il ne manque de rien. Allez-vous-en donc, biens du monde ; allez-vous-en, vains bonheurs : même si l'on vient à tout perdre, Dieu seul suffit. Amen. »
Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582)


