Lettre n°230 - L’homme ne vit pas seulement de pain…
- Centre Béthanie
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Gorze, février 2026
Chers amis,
Quelle est la place de la nourriture dans ma vie ? Jésus vient d’être baptisé dans le Jourdain quand Il part au désert et y jeûne quarante jours. Et le Satan va comme à son habitude, comme avec Eve dans la Genèse, comme avec le peuple dans le désert, tenter Jésus. Mais le Nouvel Adam, lui, ne se laissera pas séduire, ni piéger, il ne se laissera pas ensemencer par le Satan.
En cela Il nous montre le chemin que nous ne savons pas trouver tout seul. Et par cette répartie : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu, par sa capacité de jeûner, grâce à son écoute et à son obéissance aux préceptes du Très-Haut, à la Parole qui sort de la bouche du Vivant, Jésus va pouvoir se donner Lui-même à manger dans son corps et dans son sang.
L’homme ne vit pas seulement de pain. Ce pain ne signifie pas seulement la nourriture dont l'homme a besoin pour la vie de son corps, mais il s’agit en fait de tout ce qui nourrit les sens, de tout ce qui convient au corps et à l‘âme. Dans ce sens le pain est également tout ce qui est créé, toute créature, tout ce qui nourrit l'affectivité et l'intellect de l'homme. Bref, tout ce qui n’est pas Dieu lui-même.
Le pain dont nous nous nourrissons peut donc être aussi culturel : quelle musique j’écoute ? quel livre je lis ? quel cinéma je regarde, quel est la place de mon portable et de mon ordinateur dans ma vie etc… et alors se pose la question : cette nourriture est-elle un don de Dieu ? un acte sacré qui préfigure ou prolonge l’eucharistie ? Un plaisir qui me porte à l’action de grâce pour le monde végétal et animal, ainsi que pour ceux qui ont travaillé à la fabrication de ces diverses nourritures ?
Ou est-ce une nécessité absolue, un automatisme, un esclavage, une jouissance fermée dans laquelle je me vautre ? Ne pas répondre trop vite, demander à l’Esprit Saint de nous éclairer, de nous donner sa réponse ! Effectivement le carême peut être l’occasion d’un jeûne de la musique par exemple ! quelle musique j’écoute ? quelles sont ses effets sur moi ? Ce ne sont pas les mêmes si j’écoute du hard rock, de la variété, Mozart ou du chant liturgique ! A chacun d’avoir une oreille consciente et qui discerne ce qu’il nourrit en lui par la musique. Ce carême peut être aussi l’occasion d’un jeûne de la parole, surtout de la parole inutile, du bavardage, pour faire de la place à la Parole avec une majuscule, au Verbe, pour faire silence, un silence d’où puisse naître un espace relationnel avec le Tout Autre ! c’est extrêmement important si l’on veut entendre et écouter, c’est extrêmement important pour entrer en relation avec les autres comme avec le Tout Autre.

On peut faire aussi un jeûne de la dispersion et de l’inattention, autre plaie de notre époque qui est très proche de la précédente. C’est un phénomène typiquement démoniaque, car comme ils le disent : nous sommes légions. Alors travailler à devenir vigilant, à devenir un, c’est un jeûne extrêmement important car il implique de faire table rase de cette multitude.
On pourrait faire aussi un jeûne de l’ego. Il a pris tellement de place ! il est pire qu’un ventre et il nous rend obèse car il a tout bouffé, c’est le cas de le dire. Ici, l’attention aux autres est sans aucun doute l’antidote à pratiquer.
En fin de compte, nous sommes invités à jeûner de tout ce qui n’est pas la nourrissante parole de Dieu. Il nous faut ensemencer avec elle la bonne terre que nous cultivons, notre cœur, bonne terre dans laquelle nous allons arracher les mauvaises herbes, dans laquelle nous allons enlever les pierres et les ronces et qui va produire de beaux fruits si nous lui laissons de la place dans nos vies.
Mais finalement le jeûne pour nous, chrétiens, est notre incorporation à cette expérience du Christ lui-même, par laquelle il nous libère de notre entière dépendance envers toute nourriture, et envers le monde. Jeûner ne signifie qu’une chose : avoir faim, et ayant faim, découvrir que cette dépendance n’est pas toute la vérité au sujet de l’homme, que la faim elle-même est avant tout un état spirituel et que, finalement, elle est en réalité la FAIM DE DIEU...
Alors pour jeûner nous avons besoin avant toute chose d'une préparation spirituelle. Et celle-ci consiste à demander son aide à Dieu et à centrer notre jeûne sur Dieu. C'est par amour de Dieu que nous devons jeûner et pour rien d‘autre. I1 nous faut redécouvrir notre corps, notre âme et notre esprit comme temple de la divine présence, faire table rase du reste, alors comme le dit l’apocalypse : si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui et lui avec moi.
Je vous dis toute mon amitié en Christ, à bientôt !
Père Pascal
Prière
Je Vous rends grâces, ô Délice éternel, incomparable, Délice qui surpasse infiniment les plaisirs terrestres, charnels, grossiers, ô Délice impérissable, Source de Vie, de Sainteté, de Repos suave, de Paix profonde, de Joie intarissable ! Je Vous rends grâces de m'avoir donné ce plaisir matériel, ainsi que la possibilité d'en jouir, afin que je puisse, quoiqu’imparfaitement, comprendre l'Immensité de votre Bonté pour nous et concevoir que Vous Seul devez être l'objet de nos désirs et notre Délice suprême.
Saint Jean de Cronstadt (1829-1908)
Texte à méditer
Pour toi quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là, dans le lieu secret, et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra.
(Mt 6,1.7-18).



