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Lettre n°201

Gorze, Juin 2023


Chers amis,


« Qu'est-ce que l'homme pour que tu te souviennes de lui ? » Psaume 8 Cette interrogation est universelle et elle nous ramène à notre mystère par une autre question : Qui suis-je ? On pourrait dire que si je suis la question, je suis aussi la réponse ! Cette réponse peut s'appréhender dans la vie ordinaire quand celle-ci s'ouvre sur l'extraordinaire de l'Instant présent. Expérimente son humanité celui qui perçoit, même furtivement, la profondeur de CE moment apparemment si banal de ma vie, et qui pourtant est ancré dans ce que Dürckheim appelle « la grande Vie ». En général, une vie « ordinaire » est le reflet lointain de la grande Vie … De vivre constamment sur un plan horizontal rend l'homme moderne véritablement imperméable à toute influence autre que celle qui tombe sous ses sens. L'être humain de la vie ordinaire est l'être humain qui souffre de « normose ». Il a peur de tout ce qui ne se trouve pas dans « sa » norme, et de ce fait devient agressif et toujours sur ses gardes … Etre humain en fait c'est être unifié ou entier ou « parfait » selon certaines traductions ; et être unifié, c'est avoir un centre. Une âme dispersée, vagabonde, est « une maison divisée contre elle-même » comme dit l'Evangile. Dans cette quête de l'unité et partant du retour au cœur unifiant, il est aussi utile de sentir en nous des tendances intérieures qui habitent notre âme et qui nous orientent vers une manière d'être conforme à notre « être essentiel » et qui en témoigne.


Quelles peuvent être ces tendances ? La première qui nous habite pourrait s'appeler « contemplative », celle qui ouvre le cœur à la sagesse et à la sainteté. Ouverture à l'Esprit saint et donc au grand Silence intérieur, à l'hésychia... Cette tendance est souvent étouffée par notre civilisation du bruit presque partout présent… et en particulier celui qui habite notre mental ! La deuxième pourrait s'appeler « chevaleresque ». C'est le symbole du « guerrier pacifique » : Type actif et héroïque. Il mène le bon combat de l'ascèse mesurée et bien orientée. La troisième, celle de la personne persévérante qui assume son destin ; elle n'aspire ni à la transcendance, ni à la gloire. Elle aime la paix et la tranquillité. La quatrième tendance est le type « concupiscent », sans idéal autre que le plaisir plus ou moins grossier. Difficulté à se dominer. Sa grande vertu sera l'obéissance et la fidélité. Rôle important du « conseiller de vie » ou du père spirituel. Enfin la dernière tendance serait celle du « paria » : type même du désaxé, capable de tout et de rien, toujours à la recherche de la nouveauté, complètement identifié à son mental et à ses émotions. Il est un « néant avide de sensation ». D'une manière générale donc, le type de personne que nous sommes est une question de prédominance. On pourrait dire que le premier est « spirituel », le deuxième « noble », le troisième « probe », le quatrième « concupiscent » et le dernier « vaniteux et transgresseur ». La vie est mouvement de transformation, et la vie spirituelle s'ancre dans les trois premières tendances. Les deux dernières sont à priori un obstacle à l'épanouissement de l'être essentiel. Pourtant c'est la totalité de ces tendances qui nous habite et étant créé à l'image de Dieu pour la ressemblance, nous n'avons que le choix de nous convertir ou de mourir : « Si vous ne vous repentez » dit le Christ « vous périrez tous également ». Ce contenu qui habite en moi et que je peux observer ne me définit pas en tant que Personne (Hypostase), il m'est donné pour le travailler et en faire une lumière qui rayonne et embellit l'univers. Que tout soit remplit de lumière ! ... le ciel, la terre et l'enfer ; c'est à dire le ciel en moi, la terre en moi, et l'enfer en moi. Tout est à offrir à la Lumière résurrectionnelle du Christ ressuscité. Notre vocation est de nous orienter vers cette lumière en tenant compte du contenu qui nous habite, depuis le « spirituel » jusqu'au « vaniteux et transgresseur. » La conscience d'un centre « stable, non conditionné » en nous est constamment écrasée par le poids d'une hypertrophie mentale qui veut tout comprendre et tout contrôler et qui nous coupe de notre profondeur (notion de péché). L'être humain ne saurait avoir sa raison d'être en lui-même, de même ses qualités ne sauraient représenter une fin en soi. Pour ceux qui s'engagent à sortir de la « normose », sans mépriser pour autant l'humanité commune, parler « d'esprit ou d'être essentiel ou de supraconscient », confronte à une grave difficulté qui est celle du langage humain. Les mots qui désignent les conditions et réalités spirituelles sont à l'origine des métaphores ou des symboles tirés de réalités concrètes. Les symboles sont des directions, et en même temps des « théophanies » pour ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre... à nous de les suivre et de laisser résonner cette rencontre au plus profond de notre être, ou pas ! Notre liberté consiste à accepter de nous laisser guider ou d'en faire « à notre guise » et de devenir ainsi un « obsédé de soi-même»

Avec toute mon affection en Christ! Père Francis

 

Prière

Louez Dieu dans son sanctuaire, louez-Le au firmament de sa puissance. Louez-Le pour ses hauts faits,

louez-Le pour sa grandeur infinie. Louez-Le aux sonneries du cor, louez-Le par la cithare et la harpe. Louez-Le avec tambour et danses, louez-Le avec cordes et flûtes. Louez-Le avec les cymbales sonores, louez-Le avec les cymbales d’ovation, Que tout ce qui respire loue le Seigneur ! Extrait du psaume 150


 

Texte à méditer


Entre le désir profond de se lier, de s'engager corps et âme, et le désir tout aussi profond de préserver sa liberté, d'échapper à tout lien, quel tohu-bohu ! Or, pour vivre ces exigences contradictoires et d'égale dignité sans être écartelé, il n'y a aucun secours à attendre ni de la philosophie, ni de la morale, ni d'aucun savoir constitué. Il est probable que les seuls modèles adaptés pour nous permettre d'avancer sont la haute-voltige et l'art du funambule. Un mariage ne se contracte pas. Il se danse. À nos risques et périls. Christiane Singer (1943-2007)


 


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