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Lettre n°204

Gorze, Octobre 2023


Chers amis,

Ce mois d’octobre a commencé par une grande joie pour l’Eglise : le 3 octobre le patriarcat de Constantinople a décidé de procéder à la canonisation de Mère Gabrielle (Avrilia Papayannis). Un nouvel intercesseur devant Dieu, une nouvelle sainte officiellement proposée à la vénération des fidèles, c’est toujours un moment important dans la vie de l’Eglise. Mais je vous en parle particulièrement, c’est que nous avons affaire à une figure relativement atypique dans l’Eglise orthodoxe contemporaine et que Carole et moi avons eu la grâce de la rencontrer sur l’île d’Egine en Grèce, l’île de saint Nectaire, en 1989 lors de notre voyage de noces quelques années seulement avant sa naissance au ciel ! Lorsque nous sommes ressortis de cette rencontre dans son petit ermitage, nous étions dans le monde, mais autrement, dans une qualité de présence et de rapport au monde complètement différente, dans un silence intérieur rare. Cette rencontre est restée gravée dans notre cœur, dans notre mémoire, comme un moment intense de « numineux ». Elle nous dit alors et c’est la seule parole que nous avons retenue : « Quand je commence ma journée, je prends une page blanche et tout en bas de la page je signe. Puis je dis à Dieu, à Toi de l’écrire, je souscris à tout ! » Toute sa vie est ici résumée ! Mère Gabrielle est née à Constantinople le 2 octobre 1897, quatrième enfant d’une famille aisée de commerçants. Elle apprend le français et l’anglais toute jeune, et après ses études au collège, part en Suisse à l’École de botanique d’Estavayer-Le-Lac. Au retour, elle suit des études universitaires de philosophie à Thessalonique. En 1932, à l’âge de 35 ans, elle a une si forte expérience spirituelle devant une icône du Christ qu’elle décide de s’éloigner de sa famille. Elle travaille à Athènes comme infirmière et gouvernante, puis en 1938 elle part pour la France et l’Angleterre. Bloquée en Angleterre par la guerre, elle travaille comme gouvernante et aide-soignante et fait des études en chiropraxie, discipline proche de la physiothérapie. De plus en plus sa vocation se dessine : secourir les détresses humaines, physiques, psychiques et spirituelles, partout où l’on fait appel à elle, à la fois par la présence, le toucher et la parole. La guerre terminée, elle retourne en Grèce, où elle travaille comme enseignante puis comme directrice d’une école d’agriculture fondée par les Quakers américains. En 1947 elle ouvre un cabinet de physiothérapie à Athènes. Elle donne aux pauvres presque tout ce qu’elle gagne par ce travail. Souvent elle se rend en Angleterre accompagner des malades ou des orphelins, puis en 1949 et 1950 elle va en Amérique, où elle rencontre Martin Luther King. En 1954, âgée de 56 ans, une nouvelle expérience spirituelle la décide à partir pour l’Inde. Empêchée par un refus de visa de s’y rendre immédiatement, elle commence un long périple : l’Autriche, la Suisse, l’Italie, Israël, le Liban, la Jordanie… Et c’est là qu’enfin, elle obtient son visa pour l’Inde.Elle reste cinq ans en Inde au service de tous et de chacun, travaille au dispensaire de l’ashram du maître indien Sivananda (connu en Occident par les centres de yoga suivant son enseignement) puis dans une léproserie fondée par Baba Amte, le grand militant indien contre la pauvreté qui devient un de ses amis ; elle enseigne la physiothérapie à divers endroits ; elle parcourt l’Inde répondant à des appels d’aide du nord au sud de ce vaste pays. En 1958-1959, elle passe onze mois dans l’Himalaya, en pleine solitude, près des sources du Gange et d’un grand monastère de moines hindous. Elle entend alors l’appel à la vie monastique, quitte l’Inde et entre au monastère orthodoxe de Marthe et Marie à Béthanie, alors en Jordanie, et devient moniale. Elle y reste jusqu’en 1966, avec plusieurs interruptions pour accomplir des missions à l’étranger. Ainsi en 1962 elle fait une longue tournée aux États-Unis et au Canada pour parler de la vie ascétique orthodoxe à l’invitation d’un ami protestant. En 1963 elle repart en Inde afin de témoigner auprès des chrétiens occidentaux en quête spirituelle. Elle y reste trois ans, mais, comme toujours, elle répond aux appels qu’on lui lance : accompagner des malades, prononcer des discours, témoigner de sa foi, tant en Inde, qu’en Europe, en Grèce, à Jérusalem, en Iran.


En 1979, on lui cède un appartement à Athènes, qui devient « la Maison des anges ». C’est là que pendant onze années mère Gabrielle reçoit les visiteurs en quête de Dieu. Son amour, sa prière, son mot de consolation, son conseil, touchent au cœur les personnes les plus diverses qui viennent à elle : jeunes et vieux, hommes et femmes, évêques, prêtres, moines, moniales, laïcs, grecs et étrangers, orthodoxes, non-orthodoxes, non-croyants, disciples de Saï Baba, francs-maçons, artistes, scientifiques, astrologues... En même temps, elle maintient une vaste correspondance et prolonge sa " diaconie " au téléphone. Après le dernier visiteur le soir, puis la nuit et le matin, mère Gabrielle entre dans un temps d’hésychia, de recueillement, de prière. En 1989, mère Gabrielle se retire dans un ermitage dépendant du monastère de saint Nectaire sur l’île d’Égine. Atteinte d’un cancer, elle est hospitalisée à Athènes en 1990 : après les quarante jours de carême et la Semaine sainte, le cancer disparaît durant la célébration de la Divine Liturgie de Pâques. Elle se retire alors dans un ermitage à l’île de Léros. Enfin, à l’âge de 95 ans, le 28 mars 1992, elle part pour son dernier voyage cette fois vers la patrie céleste. Toute sa vie, cette feuille blanche qu’elle laissait Dieu écrire et qu’elle signait chaque matin, montre son abandon total à la divine Providence. Engagée dans le dialogue interreligieux, elle témoignait de sa foi chrétienne sans faille, tout en discernant la présence du Christ dans les religions non-chrétiennes. Elle n’a rien écrit, sauf des lettres à ses amis et à ses enfants spirituels ! Son enseignement était oral et spontané mais certains l’ont enregistré sur cassette ; d’autres paroles mémorables ont été transcrites par ses visiteurs et ses proches. Ses paroles, simples, directes, remplies de compassion et d’amour témoignent de sa grande foi et de son « Ascèse de l’amour » : c’est le titre de la biographie écrite par sa fille spirituelle, sœur Gabrielle.Nous y trouvons le récit de sa vie, des transcriptions d’enregistrements de ses enseignements, des " apophtegmes " recueillis par ses amis et enfants spirituels, des extraits de ses lettres et des témoignages d’amis. Je ne peux que vous inciter à le lire afin de rencontrer cette femme hors du commun et qu’elle vous transmette le feu divin qui l’habite. Avec toute mon affection en Christ ! Père Pascal

 

Prière

Quand nous prions et disons

" Que ta volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel ",

si vraiment nous croyons, elle se fera. Pas seulement en ce qui nous concerne, mais pour tous. C’est notre prière. Et non pas : " Je le veux pour l’autre, car je crois que c’est juste ainsi. "

Seul Dieu sait ce qu’il lui faut. Aussi, " Que ta volonté soit faite pour un tel, pour un autre "... C’est aussi notre prière.

Mère Gabrielle Papayannis (1897-1992)


 

Texte à méditer


L’amour nous est donné par Dieu. Car Dieu est Amour. L’amour que nous portons aux autres vient de la Source, va vers eux et retourne de nouveau à la Source. Mais l’amour ne peut avoir de limites. Il est infini. Et comme dit l’apôtre Paul : " L’amour excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne disparaît jamais " (1 Co 13,7-8). Quand tu donnes tout ton amour à quelqu’un qui ne l’accepte pas, cet amour retourne en toi. Le Seigneur dit : " Donne la paix à la maison où tu te rends. Si elle n’est pas acceptée, la paix te reviendra " (Mt 10,12-13). C’est ainsi dans la vie... C’est pareil pour le mal. C’est pour cette raison que nous devons faire très attention. Nous ne devons jamais avoir la moindre pensée négative ou contraire, car nous nous nuirons. Tu as compris ? Quant à l’ingratitude, oublie-la. La reconnaissance que les autres peuvent éprouver ne doit pas nous préoccuper. C’est à toi de la ressentir envers Dieu d’abord et ensuite envers tout le monde. Attendre de la reconnaissance est trop mesquin. Tu dois même te réjouir de l’ingratitude des autres !


Mère Gabrielle Papayannis (1897-1992)



 

Pour aller plus loin

Sœur Barbara a écrit une courte biographie dans les numéros 84 et 85 de la revue Le Chemin toujours disponible à Béthanie. Le livre « L’Ascèse de l’amour » de sœur Gabrielle, bibliographie officielle, est aussi disponible à Béthanie ou en ligne sur le site du monastère Saint Antoine le Grand : https://monastere-saint-antoine.fr/librairie




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